Les péplums sont-ils à nouveau « tendance » ?

Persée (Sam Worthington), l'un des héros de La Colère des Titans. © Allociné / Warner.
Persée (Sam Worthington), l'un des héros de La Colère des Titans. © Allociné / Warner.
Un temps adulé, souvent moqué, mais récemment ressuscité, le péplum a-t-il de l’avenir ? Retour sur l’évolution de ce pan sous-estimé du 7è art.

La Colère des Titans, sorti le 28 mars dernier, semble mal parti pour rivaliser au Box-office avec Le Choc des Titans, le précédent volet des aventures de Persée, héros de la mythologie incarné par Sam Worthington.

Pourtant, on ne peut que constater qu’à Hollywood, les péplums ont en ce moment la cote.

Un retour en grâce inespéré pour ces films dont l’action se déroule dans l’Antiquité et dont les héros (souvent bodybuildés et vêtus de jupettes) sont aux prises avec les dieux de l’Olympe, des empereurs frappadingues, des gladiateurs sanguinaires ou des monstres effrayants ...

1. Un genre en perte de vitesse

Les années 1950 à 1965 sont une période particulièrement faste pour le péplum, avec des films comme Quo Vadis ?, Les Dix Commandements, Ben-Hur, Spartacus ou Jason et les Argonautes. Mais au sortir de cet âge d'or, le genre connaît un certain essoufflement.

Les spécialistes attribuent la désaffection du public (et donc des producteurs) à plusieurs facteurs :

  • La ringardisation d’un genre dont les personnages principaux sont incarnés par d’anciens champions de culturisme au talent d'acteur souvent inversement proportionnel à leurs tour de biceps.
    Interrogé sur ce qu’il avait pensé de Samson et Dalilah à sa sortie, Groucho Marx avait ainsi répondu que "les personnages ne tenaient pas la route car les nibards de l’acteur étaient plus gros que ceux de l’actrice."
  • La diminution de la place accordée à l’étude de l’Antiquité classique et l’enseignement du grec et du latin dans les manuels scolaires à partir de 1968.
  • L’évolution des mentalités conduisant les spectateurs à délaisser ces productions véhiculant des valeurs conservatrices et caractérisées par le jeu ampoulé des acteurs, la démesure des décors... Les cinéphiles préfèrent alors se tourner vers des films contestataires ou vers un cinéma plus réaliste et intimiste.
  • L’émergence d’un cinéma érotique à côté duquel les péplums font pâle figure, avec leurs héroïnes chastement dévêtues et leurs banquets qui ne dégénèrent jamais en orgies.
    Pour rajouter un peu de piment au genre, certains réalisateurs n’hésiteront d’ailleurs pas à tourner des péplums libidineux.
    Ce sera le cas de Sergio Corbucci avec Messaline, Impératrice et Putain puis de Tinto Brass avec son Caligula. Des scènes de sexe non simulées seront même rajoutées, à l’insu des acteurs principaux, dans certaines versions du film.

2. 2000 après J.C : le péplum ressuscite sur grand écran ...

Après 1965, le péplum entame une longue traversée du désert, tout juste émaillées de quelques nanars bodybuildés (The Seven Magnificent Gladiators, Hercule) qui connaissent des échecs cuisants au Box-office.

Mais alors que tout le monde croyait le péplum bel et bien mort, l’incroyable se produit. En 2000, Ridley Scott redonne vie au genre avec Gladiator, qui connait un énorme succès (notamment auprès des femmes).

Le film retrace le parcours jonché de cadavres du général romain Maximus (incarné par un Russell Crowe au charisme rugueux), réduit en esclavage par l’empereur Commode et qui cherche à se venger.

Gladiator se réapproprie tous les poncifs du péplum : la scène de bataille, l’incontournable course de chars ou les combats de gladiateurs.

Décors magnifiés, violence stylisée, musique omniprésente, dialogues minimalistes... Avec Gladiator, Ridley Scott ressuscite le péplum, tout comme Sergio Leone l'avait fait trente ans plus tôt pour le western, en dégainant Pour une poignée de dollars.

Surfant sur ce retour en grâce du péplum, les grands studios hollywoodiens recommencent alors à faire les yeux doux à un genre qu’ils avaient boudé depuis la fin des années soixante.

Dans la foulée de Gladiator, débouleront sur les écrans :

  • Troie (2006), avec Brad Pitt, qui revisite L'IIliade d'Homère.
  • Alexandre (2004). Les Grecs critiqueront son réalisateur, Oliver Stone, pour avoir osé montrer à l’écran un Alexandre le Grand ouvertement bisexuel.
  • 300 (2007), adaptation stéroïdée de la BD graphique du même nom. Le film retrace la bataille de Thermopyles, au cours de laquelle trois cents Spartiates s’opposèrent à l’armée des Perses. Victime de son succès au Box-office, 300 fera l’objet d’une parodie délirante intitulée Spartatouille.
  • Percy Jackson, le voleur de foudre (2010), un "teen-movie" mythologique dont le héros délaisse les traditionnelles sandales pour une paire de Converse.
  • Les Immortels (2011), qui met en scène Thésée parti à la recherche de l’arc perdu.
  • Le Choc des Titans (2011), le remake en 3D d’un film des années 80.

3. ... Et à la télévision !

De leur côté, les scénaristes de séries ne tardent pas non plus à revisiter le péplum.

Des séries comme Rome ou Spartacus : Le Sang des gladiateurs (réputée pour ses scènes de sexe et de violence particulièrement crues) n’ont rien à envier aux films du genre en termes de budget, d’audace et d’inventivité.

Kaamelott, la saga française d’Alexandre Astier, a aussi eu sa période péplum. Le Livre VI explore en effet la période romaine d'Arthur, Roi de Bretagne, avant qu'il ne rencontre les futurs chevaliers de la table ronde.

Au vu des âges d’or qu’a successivement connus le péplum (muet de 1910 à 1925 puis parlant de 1950 à 1965), on est en droit de penser que l’embellie que connaît le genre depuis Gladiator n’est que temporaire.

À l’instar du western lui aussi centenaire, le péplum est devenu un "genre-musée" bourré de tics et de références, condamné à renaître régulièrement de ses cendres.

Bande-annonce de La Colère des titans.

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