Croissance : quelle est la potion magique des Suédois ?

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Pour préparer l'avenir, le gouvernement suédois mise sur les investissements dans la recherche et l'enseignement supérieur.© REUTERS.
La Suède a connu en 2011 une croissance à faire blêmir les dirigeants de la plupart des pays de l'Union européenne. Bien que le célèbre "modèle suédois" se soit beaucoup transformé depuis 20 ans, le pays garde des caractéristiques qui expliquent cette bonne santé.

L'économie suédoise a connu une croissance de 4,6% en 2011, alors que dans la plupart des pays de l'Union européenne, l’économie était désespérément atone. Sur un an, l'excédent commercial du pays a également bondi de plus de 40%. Le pays dispose de finances publiques très saines et bénéficie d'un taux de chômage plus bas que la moyenne européenne.

Tout n'est pourtant pas rose au pays d'Ingrid Bergman, loin de là : le constructeur Saab vient de faire faillite, menaçant 3 700 emplois en Suède. Plus généralement, le pays a beaucoup souffert de la crise en 2009. Cette année-là, son PIB a baissé de 5,3%. Pour 2012, les prévisions sont nettement moins optimistes que pour l'année qui vient de s’écouler.

Avec 1,3% de de croissance, la Suède devrait cependant rester bien au-dessus de la moyenne européenne. Le pays semble disposer de solides atouts pour traverser la crise sans perdre trop de plumes. Comment fait-il pour caracoler en tête des classements des pays les plus compétitifs et éviter la spirale de l'endettement public ?

1. Un modèle mis à mal mais qui n'a pas disparu pour autant

Mis en place dans les années 1930, le modèle suédois repose sur le dialogue social, de solides conventions collectives et un grand service public financé par l’impôt. Celui-ci recouvre non seulement les secteurs de l’éducation et de la santé, mais aussi l’assistance maternelle et la prise en charge des personnes âgées.

Ce modèle a été malmené à la fin du XXe siècle. Touché par la crise économique, le pays a connu une envolée brutale du chômage. Le gouvernement a alors procédé à d'importantes coupes budgétaires touchant le service public et faisant baisser le niveau de protection sociale.

"Dans les années 1990, la Suède adapta de fait sa politique économique à la doctrine libérale en vigueur, en subordonnant l’objectif du plein emploi à celui de la stabilité des prix", explique l'économiste Hakan A. Bengtsson sur le site La Vie des idées.

Néanmoins, malgré ces réformes douloureuses des années 1990, le modèle suédois perdure. Le taux d'imposition s'est maintenu à un niveau élevé par rapport à de nombreux pays occidentaux et le secteur public est toujours largement financé par les impôts.

"La grande réussite de ce pays, comme celle par ailleurs du Danemark, a été de trouver le moyen de conserver une grande sécurité pour les individus tout en donnant toute la flexibilité nécessaire à l'économie" explique Éric Le Boucher dans une chronique pour le journal Le Monde.

2. L'accent mis sur l'enseignement supérieur et la recherche

À environ 4% du PIB, les dépenses en recherche et développement de la Suède sont supérieures à celles de l'Union européenne, qui s'est fixée comme objectif de consacrer 3% de son PIB à ce secteur.

Le gouvernement suédois a particulièrement investi dans des domaines à fort potentiel, comme la pharmacie et les technologies vertes. Les produits pharmaceutiques figurent parmi les principales exportations du pays.

Le Forum Économique mondial classe la Suède deuxième pour l'accent mis sur l’enseignement supérieur. Les universités y sont à la fois massivement financées par l'État et dotées d'une large autonomie. Les étudiants qui y entrent sont sélectionnés à partir de leurs résultats au lycée.

3. Une compétitivité inégalée

Conséquence directe de ces investissements dans la recherche, la Suède exporte de plus en plus de produits à forte valeur ajoutée, tout en restant un important exportateur de produits forestiers et de minerais de fer. Elle tire aujourd’hui 73% de son PIB des services et sa balance commerciale se porte bien.

Dans le classement des pays les plus compétitifs établi par le Forum Économique mondial pour 20011-2012, la Suède se place en 3e position, derrière la Suisse et Singapour, alors que la France n'arrive qu'en 18e position.

Le pays "a su créer les conditions d'une croissance tirée par l'innovation", souligne le rapport, qui relève aussi parmi ses atouts la qualité des institutions publiques suédoises, efficaces et transparentes.

La Suède se situe en pointe pour les technologies de l'information et de la communication. Comme les autres pays nordiques, elle a fait de l'investissement dans les nouvelles technologies un levier de sa croissance à long terme.

Enfin, même si de nombreux autres critères entrent en ligne de compte, beaucoup de Suédois voient dans le fait que la Suède fasse partie de l'Union européenne sans être entrée dans la zone euro un rempart contre la sinistrose économique. En effet, après la crise de 2008-2009, la baisse du cours de la couronne a permis aux exportations de rebondir.

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