Le modèle allemand est-il une réussite ?

Nicolas Sarkozy et la chancelière allemande Angela Merkel lors d'une conférence de presse à Berlin, le 9 janvier 2012. Crédits : REUTERS.
Nicolas Sarkozy et la chancelière allemande Angela Merkel lors d'une conférence de presse à Berlin, le 9 janvier 2012. Crédits : REUTERS.
Lors de son intervention télévisée, dimanche 29 janvier, Nicolas Sarkozy a vanté le modèle allemand à plusieurs reprises. Grâce à lui, nos voisins d'outre-Rhin surmonteraient plus facilement la crise. Qu'en est-il vraiment ?

Le modèle allemand est souvent cité en exemple par Nicolas Sarkozy et les responsables de la majorité présidentielle. Pourtant, au-delà du succès rencontré par le "made in Germany", les performances de l’Allemagne apparaissent beaucoup plus contrastées.

1. Pas de miracle du côté de la croissance

En 2011, l’Allemagne a connu une croissance de 3 % et la France de 1,7 % seulement. Cela conduirait à confirmer l’idée que notre voisin est nettement plus performant que nous.

Mais il apparaît que l’Allemagne est simplement en rattrapage. En effet, le pays avait connu en 2009 un sévère repli de son PIB de - 5,1 % (contre - 2,7 % en France, chiffres Eurostat).

Il faut donc comparer les performances de croissance sur une période plus longue. Entre 2001 et 2010, le taux de croissance annuel moyen de la France est de 1 % et celui de l’Allemagne de 0,8 %. Un résultat qui contredit l’idée que l’Allemagne ferait toujours mieux (OCDE, PIB en $US prix et PPA constants, année de référence 2005).

2. Un champion de l’exportation

Année après année, l’Allemagne confirme sa capacité à exporter massivement. En 2010, l’Allemagne représentait 8% des exportations mondiales, à égalité avec les Etats-Unis.

Cette même année, un excédent commercial de 150 milliards d’euros venait abonder son PIB, tandis que la France enregistrait de son côté un déficit de 50 milliards (OMC – Le commerce mondial en 2010, les perspectives pour 2011).

Plusieurs facteurs expliquent cette réussite :

  • D’abord, une spécialisation sur des produits où la demande mondiale reste soutenue : automobile, chimie, bien d’équipements, industries mécaniques.
  • Ensuite un nombre important d’entreprises de taille intermédiaire (ETI, entre 250 et 5000 employés), appelées "mittelstand" outre-Rhin.
  • Enfin, une tradition et un savoir-faire dans la conquête de nouveaux marchés : l’Allemagne compte trois fois plus d’entreprises exportatrices que la France .

3. Un modèle social qui souffre

Entre 2000 et 2010, la proportion de temps partiels en Allemagne a augmenté d’un tiers, alors qu’elle restait stable en France.

Sur cette période, l’Allemagne a créé 2 millions d’emplois à temps partiels (et peu à temps plein), tandis que la France en a créé 2 millions à temps plein (et très peu à temps partiel).

Désormais, avec un quart de ses salariés à temps partiel, l’Allemagne a une forte proportion de faibles revenus, ce qui pèse sur la consommation de ses ménages.

En outre, l’Allemagne n’a pas encore de salaire minimum. 20% des salariés y sont payés à un niveau inférieur au SMIC horaire français. Plus d’1 million d’Allemands touchent même moins de 5 € brut de l’heure et plus de 2 millions d’entre eux moins de 6 € brut de l’heure (Institut travail et qualification - Université Duisburg Essen).

Depuis la réforme Hartz IV, lancée par Schröder en 2004, la multiplication des petits horaires et des mini-jobs fait de l’Allemagne une puissance économique qui recule sur le plan social.

Le salaire mensuel net médian a perdu 7,4% en 10 ans. Aujourd’hui, 40% des Allemands ont un salaire mensuel net inférieur à 1000 € .

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