Hollande veut bloquer le prix de l’essence : est-ce possible ?

Un blocage du prix de l'essence resterait exceptionnel.
Un blocage du prix de l'essence resterait exceptionnel.
François Hollande veut bloquer temporairement le prix de l'essence. Pour Nicolas Sarkozy, c’est une plaisanterie.

Depuis plusieurs semaines, les prix de l'essence battent record sur record. Mardi 13 mars, le litre de sans plomb 95 a dépassé la barre symbolique des 2 € dans une station parisienne. Le prix moyen des carburants tourne autour de 1,62 € pour le litre de sans plomb 95 et 1,66 pour le sans plomb 98.

Le 27 février sur TF1, François Hollande a indiqué vouloir bloquer les prix de l'essence pendant trois mois et rétablir la TIPP (Taxe intérieure sur les produits pétroliers) flottante pour soulager les automobilistes.

En marge d'un déplacement à Nantes, le 19 janvier, le candidat avait déjà annoncé son intention de bloquer le prix de l'essence :

"Si nous sommes en capacité d’agir dès le mois de mai nous aurons un blocage temporaire du prix de l’essence, une réflexion avec les distributeurs et aussi la mise en place de cette TIPP flottante "

Nicolas Sarkozy traite cette proposition par le mépris : il a estimé sur RTL que vouloir bloquer le prix de l'essence, c'était "se moquer des Français". Pourtant, cette mesure a déjà été mise en application par le passé, justement, par un Premier ministre socialiste...

1. Bérégovoy l'a fait

Un article du Code du commerce autorise le gouvernement à fixer par décret les prix de certains biens et services, en cas de "circonstances exceptionnelles", de "calamité publique" ou de situation "manifestement anormale". Ces mesures ne peuvent être que temporaires.

C'est à cet article que le gouvernement de Pierre Bérégovoy s'est référé en 1990 pour agir sur les prix du carburant. La guerre du Golfe avait alors compromis l'approvisionnement en pétrole et le prix de l'essence augmentait de 10 % par jour.

Sommes-nous actuellement dans une situation aussi critique ? Pour certains responsables politiques, de gauche comme de droite, l'intervention de l’État est justifiée par la flambée des prix de l'énergie ces dernières années.

À l’inverse, les experts de Bercy soulignent que la France ne connaît pas de difficultés d’approvisionnement actuellement, contrairement à l’époque de la guerre du Golfe.

2. Les retombées sur le porte-monnaie du consommateur sont limitées

Quelles que soient ses justifications, géopolitiques, économiques ou sociales, le blocage des prix ne peut pas être maintenu sur le long terme. Celui décidé par Pierre Bérégovoy n’avait duré que cinq semaines et n'avait porté que sur les marges de distribution. Il n'avait pas empêché le prix global du litre de carburant de grimper, suivant le cours du baril de pétrole. Le gouvernement n'a pas de prises sur ce cours, déterminé sur le marché mondial.

Toutefois, au-delà du cours du pétrole brut, les taxes perçues par l'État pèsent très lourd dans le coût des carburants : en France, elles représentent plus de 60 % du prix d'un litre de Super. Pour limiter la hausse du prix de l'essence, le gouvernement peut donc geler les taxes comme l'a fait la Grande-Bretagne. Si ce choix l'emporte, c'est sur les caisses de l'État que pèsera le blocage du prix.

En France, la TIPP a un montant fixe, indépendant des prix. La rendre "flottante", comme l'avait fait le gouvernement Jospin entre 2000 et 2002, permet de compenser par la baisse de la TIPP le surplus de recettes de TVA lié à l'augmentation du prix des carburants. Problème: pour que cette mesure puisse fonctionner, il faut que les périodes de hausse et de baisse des prix du baril s'équilibrent. Or, ces dernières années, le prix du baril était structurellement orienté à la hausse.

"Bloquer les prix ou revenir à la TIPP (taxe intérieure sur les produits pétroliers) flottante, nous n'en avons pas les moyens", a affirmé mardi 28 février le ministre de l’Économie François Baroin sur France Inter.

Pour certains analystes, toutes ces mesures visant à bloquer le prix de l'essence entretiennent l'illusion de pouvoir stabiliser le cours du pétrole. Ainsi, l’économiste Jean-Marie Chevalier, spécialiste de l’énergie et des matières premières, préconise plutôt de chercher une solution du côté d’un "chèque essence", distribué aux Français qui souffrent de "pauvreté énergétique".

Partager cet article

Comment a été fabriqué cet article ?

Ils ont contribué à la rédaction de la réponse

Ils ont amélioré la réponse