La culture générale favorise-t-elle les riches ?

Des élèves pendant une épreuve du baccalauréat, près de Nantes © Reuters
Des élèves pendant une épreuve du baccalauréat, près de Nantes © Reuters
Suppression de l’épreuve de culture générale à Sciences Po, mise en place d’épreuves de culture gé "sur programme" dans d’autres écoles… Pourquoi cette discipline est-elle dans le collimateur ?

Richard Descoings avait annoncé en décembre la suppression de l’épreuve de culture générale au concours d’entrée de Sciences Po en 2013. L’objectif : "recentrer l’examen sur les fondamentaux." En l’occurrence : l’histoire, les langues étrangères, et une épreuve, au choix, de mathématiques, d’économie ou de littérature-philosophie.

Le mois dernier, un rapport remis au ministre de l’Enseignement supérieur, Laurent Wauquiez, allait un peu dans la même direction. Il préconisait d’instaurer des épreuves de culture générale "sur programme" aux concours des grandes écoles. Laurent Wauquiez avait déclaré à cette occasion : "sans programme, cette épreuve fait partie des plus discriminantes, toutes les familles ne pouvant apporter en la matière le même capital culturel à leurs enfants."

1. Apprendre à organiser sa pensée

Pour ses partisans, cet exercice permet aux étudiants de développer une réflexion élaborée et documentée. Une compétence qui pourra ensuite leur servir dans le milieu professionnel. Thierry Debay, directeur des admissions et concours commun de 25 écoles de management, explique au Monde : "savoir contextualiser une réflexion, posséder des capacités de discernement, organiser une pensée, cela peut être utile quand on lance un produit en permettant, par exemple, de faire la distinction entre l'essentiel et l'accessoire."

Ses détracteurs rétorquent que les étudiants se contentent souvent de formuler des idées superficielles en les agrémentant de quelques citations. A l’étranger, cette épreuve est regardée avec scepticisme : beaucoup ne comprennent pas qu’une dissertation sur de grandes idées générales puisées dans la littérature, la philosophie, l'histoire ou les arts puisse servir de sélection. Eux privilégient généralement la sélection sur des aspects plus pratiques (mises en situation, études de cas…).

2. Des épreuves qui favoriseraient les plus éduqués

Mais leur argument principal rejoint celui évoqué par Laurent Wauquiez : la dissertation de culture générale serait, du point de vue social, l'une des épreuves les plus discriminantes. Cette position ne fait pas l’unanimité, pourtant deux études étayent cet argument.

En 2008, trois chercheurs de l'INED ont analysé le parcours de 1 800 candidats au concours des Instituts régionaux d'administration. Les étudiants issus de l’immigration (deuxième génération) réussissent les notes de synthèse aussi bien que les autres candidats, mais perdent des points sur la dissertation de culture générale. Ils obtiennent en moyenne une note de 8,4/ 20, contre 9,1/20 pour les "natifs". "Même ceux qui ont suivi une préparation au concours ne rattrapent pas le niveau, alors qu'ils progressent dans les autres matières, observe l’un des chercheurs, cité par Le Monde.

Dans les concours d'entrée des écoles de management, les boursiers semblent, eux aussi, partir avec un handicap : l'étude des 150 000 notes du concours 2010 relève qu'ils affichent un retard de 0,9 point en culture générale (plus qu'en économie ou en dossier de synthèse).

Pour les sociologues, cette difficulté est liée au fait qu'ils manient mal les codes de cette épreuve. Pour  Dominique Meurs, l'un des trois chercheurs de l'INED, "La dissertation de culture générale fait appel à une tournure d'esprit, une assurance, un goût pour l'abstraction, une façon de présenter ses idées, de mettre la bonne citation au bon endroit, qui s'apprend dans les milieux favorisés. Cette aisance est le fruit d'un apprentissage culturel, au même titre que la façon de se tenir à table.

Mais il n’est pas sûr que supprimer l’épreuve de culture générale suffise à rétablir l’égalité entre les candidats. Il est difficile d’imaginer que tous les étudiants, quel que soit leur milieu social, soient sur un pied d’égalité face à l’épreuve de langue étrangère, comme celle du concours d’entrée à Sciences Po.

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