Les Anonymous existent-ils ?

Anonymous en la operacion Goya. © Gaelx via FlickR.
Anonymous en la operacion Goya. © Gaelx via FlickR.
Depuis dix jours, suite à la fermeture du site de téléchargement Megaupload, ils ont piraté plusieurs sites officiels. D'où viennent-ils et quelles sont leurs revendications ?

Ce dimanche, ils revendiquaient le blocage du site du ministère de l'Intérieur consacré à l'immigration. Mardi 31 janvier, c'est le site de la Révision générale des politiques publiques qu'ils ont piraté.

Ce samedi 28 janvier, ils étaient plusieurs centaines à participer à une manifestation à Paris, Lille, Bordeaux où Toulouse contre ACTA, un traité international de lutte contre la contrefaçon, signé à Tokyo le 26 janvier par 22 pays membres de l'Union européenne.

Manifester, oui, mais à condition de rester anonyme: ils étaient cachés derrières leur fameux masque noir et blanc à moustache, surplombant un sourire ironique.

Dix jours plus tôt, on les soupçonnait de s'être attaqués, en France, au site de l'Élysée et à hadopi.fr, en réaction à la fermeture du site de téléchargement Megaupload.com.

Ils, ce sont les Anonymous. Depuis plus d'un an, ils ne cessent de susciter la curiosité des médias.

Mais de qui parle-t-on, au juste ? D'où viennent-ils ? Que veulent-ils ? Le problème, c'est que derrière chaque manifestation ou action de piratage, se cache une personne différente. En fait, n'importe qui (ou presque) peut se revendiquer du mouvement...

1. Derrière un masque, un mouvement aux multiples visages

Le collectif des Anonymous, anonyme par définition, est très difficile à cerner. Il ne correspond à aucune organisation ou association déclarée. Il n'a aucune hiérarchie établie. Il n'y a pas de chef, pas de porte-parole, pas de stratégie. En fait, n'importe quel individu, ou groupe, peut se revendiquer de ce mouvement.

Comme ils l'expliquent eux même, les membres d'Anonymous ne sont "qu'une idée". C'est la raison pour laquelle, selon eux, ils ne peuvent être arrêtés.

Il existe un symbole pour les caractériser: le masque du révolutionnaire Guy Fawkes, popularisé par le film V pour vendetta. Le mouvement a aussi un slogan: "Nous sommes légion. Nous ne pardonnons pas. Nous n'oublions pas. Redoutez-nous.". Notons que le "Nous sommes légion" provient d'une réplique de démons à Jésus dans un passage de la Bible (Marc, V,9).

Leurs revendications communes ? La liberté de diffusion des informations, la transparence, le droit à l'anonymat. Ils sont également opposés à toute régulation du Web.

Certains d'entre eux communiquent beaucoup par des manifestes via des vidéos sur Youtube. Ils se sont déjà adressés, par exemple, directement à l'OTAN :

... au président Barack Obama (en anglais):

... aux Français:

2. Où les trouver ? Les fameux "IRC", Internet Related chat

Si vous cherchez à contacter ou même à rejoindre des hackers d'Anonymous, il vous faudra probablement passer par des Internet Relay Chat (IRC), discussion relayée par Internet, où ils se retrouvent pour débattre ou décider d'une nouvelle action.

À l'heure actuelle, il existerait deux canaux IRC distincts: Anonet et Anonops. Ils sont ouverts au public, mais encore faut-il avoir un minimum de connaissances techniques pour y accéder. Sur le site Anonops.org, il existe même des tutoriels pour aider les novices à participer au tchat !

On peut aussi communiquer avec certains d'entre eux sur ce canal IRC en tapant " #anonops" comme sujet de conversation. Voici un aperçu d'une discussion en ligne:

discussion Les Anonymous existent ils ?

 

 

 

 

 

 

 

 

Certains sites Internets sont directement liés aux Anonymous comme whyweprotest.net ou anonnews.org.

Il est impossible de chiffrer combien de personnes se réclament du mouvement. On sait néanmoins que le compte Twitter @anonops est suivi par plus de 283 000 personnes.

3. Des "trolls" du site de partage d'image "4chan" aux hackers engagés

  • 2006, "trolls" sur 4chan:

Les Anonymous viennent, à la base, de 4chan.org, un site de partage d'images anonyme extrêmement populaire.

Selon Gabriella Coleman, anthropologue à l'université de New York spécialiste du mouvement, les Anonymous ont commencé, vers 2006, à y mener des campagnes de "trolling": blagues téléphoniques, mises en ligne d'informations confidentielles humiliantes, et attaques par déni de service (technique consistant à saturer un site Web en multipliant les requêtes).

  • 2008, des hackers engagés contre l'Église de scientologie:

En 2008, du jour au lendemain, les Anonymous s'engagent contre l'Église de scientologie. Le mouvement part d'une simple vidéo partagée sur le Net, raillant l'acteur Tom Cruise, puis se finit par une journée de mobilisation internationale, le 10 février 2008, qui réunira 6 000 personnes des États-Unis à l'Australie en passant par l'Europe.

  • 2010, l'opération "Riposte" pro Wikileaks

En septembre 2010, le site Wikileaks divulgue 250 000 documents secrets américains, provoquant un véritable séisme diplomatique dans le monde. Julian Assange, le fondateur du site, est emprisonné à Londres. Les Anonymous lancent alors l'opération "Riposte", contre les sites PayPal, Mastercard et Amazon, qui avaient privé WikiLeaks de leurs services financiers, notamment pour récolter des dons.

  • 2011, les "hacktivistes" aux côtés des révolutionnaires tunisiens

Le 2 janvier 2011, le collectif lance "OpTunisia" pour soutenir les manifestations des Tunisiens contre le président de l'époque Ben Ali. Ils lancent des attaques par déni de service contre le site du gouvernement, mettent en ligne des vidéos pour dénoncer la violence de la police, et créent des tutoriels pour les cyberactivistes afin de les aider à contourner la surveillance du gouvernement.

Voici une vidéo où le collectif s'adresse au peuple tunisien :

En septembre 2011, ils soutiennent aussi le mouvement "Occupy wall street" des Indignés de New York, en menaçant de s'attaquer au site de la bourse de New-York.

  • 2012, Megaupload, les défenseurs du libre partage sur Internet

Le 19 janvier 2012, le site de téléchargement Megaupload.com est fermé par le FBI pour violation de droits d'auteurs. En riposte, les Anonymous mettent hors service de nombreux sites, comme celui du ministère de la Justice américain, mais aussi hadopi.fr ou le site de l'Élysée.

4. Les Anonymous ne sont pas tous des hackers

Pour la spécialiste du collectif Gabriella Coleman, les pirates informatiques ne constituent qu'un cercle restreint du mouvement :

"Il y a des programmeurs de génie, des chercheurs en sécurité, ou encore administrateurs système. Mais les non hackers forment un groupe beaucoup plus large – je prendrai donc la liberté de les qualifier de "geeks". Ces derniers maîtrisent un certain nombre de médias numériques ; outils d’édition vidéo, graphisme, outils dédiés à l’écriture collaborative, et suffisamment de connaissances techniques pour se connecter aux IRC. Et les autres...".

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