Tuerie de Liège : qui sont les tueurs de masse ?

Des secouristes évacuent les personnes blessées lors de la tuerie Place Saint Lambert, à Liège, le 13 décembre 2011. © REUTERS.
Des secouristes évacuent les personnes blessées lors de la tuerie Place Saint Lambert, à Liège, le 13 décembre 2011. © REUTERS.
Nordine Amrani a tué quatre personnes et en a blessé 125 autres le 13 décembre à Liège en Belgique avant de se suicider. Stéphane Bourgoin, spécialiste de ce type de criminels, décrypte leurs comportements.

Après avoir tué une femme près de son domicile, le meurtrier,revêtu d'un treillis militaire,a gagné le centre-ville puis ouvert le feu avec un fusil automatique et jeté des grenades sur la foule. Il s'est ensuite suicidé. Quatre personnes ont été tuées et 125 blessées.

Stéphane Bourgoin est spécialiste des tueurs en série et des meurtriers de masse. Il décrypte à chaud la tuerie de Liège. Le meurtrier, Nordine Amrani, 33 ans, avait déjà été condamné, en 2008, à près de cinq ans de prison ferme, pour possession d'armes et des affaires de recel, de stupéfiants et de mœurs.

 

  • Comment caractériser ces tueurs de masse ?

Ce sont des suicidaires extravertis. Ils mettent en scène leur mort dans un lieu public.

Dans le cas qui nous occupe, le lieu - la place Saint-Lambert est la plus grande place de Liège - et l'heure, 12 h 30, ont été choisis à dessein. Il s'agissait pour Nordine Amrani de donner le plus grand écho possible à son geste.

  • Quels sont leurs points communs ?

Ce sont quasiment toujours des hommes. Sur les 115 crimes de masse commis ces dix dernières années, seuls deux des auteurs étaient des femmes.

Seconde constante : ils sont fascinés par les armes à feu. Autre point commun, ils revêtent souvent des uniformes ou des tenues incarnant l'autorité au moment de passer à l'acte.

  • Ont-ils un mobile, une motivation ?

Ils ont une revanche à prendre sur la société. Ils se sentent persécutés. Pour des raisons souvent futiles. Souvenez-vous du tueur de Zoug en Suisse : on lui avait refusé des papiers.

Plus que le mobile, c'est la rumination de l'acte qui est importante. Breivik, le tueur norvégien, a préparé son geste pendant neuf ans.

  • Pourquoi le tueur de liège s'en est-il pris à des passants et pas aux policiers et magistrats, qui, par le passé l'avaient arrêté et condamné ?

Les tueurs de masse s'en prennent toujours aux plus faibles. Ils sont certains de causer ainsi un maximum de victimes. Si Nordine Amrani avait attaqué un commissariat, les policiers auraient peut-être tiré avant qu'il ne puisse faire feu. Il aurait raté son coup.

  • Ce crime survient six mois après celui de Anders Behring Breivik en Norvège qui a fait 77 victimes. Faut-il entrevoir une relation ?

Absolument. Les crimes de masse sont toujours des crimes d'imitation. Ce qui pousse les meurtriers à passer à l'acte, c'est l'intérêt que les médias ont porté aux motivations des criminels qui les ont précédés. Par exemple en publiant leurs écrits ou testaments.

Ils se disent que plus ils mettront en scène leur mort autrement dit, plus ils feront de victimes - plus on s'intéressera à eux ensuite.

  • Il faudrait donc éviter de parler d'eux ?

Tout à fait, même si ce n'est pas possible dans notre société. Mais on peut, au moins, s'interdire de donner une quelconque publicité à leurs testaments et vidéos. En Suisse, les médias vont jusqu'à refuser de publier leur nom. Car la plus grande crainte de ces tueurs, ce n'est pas de mourir, mais l'anonymat.

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