Loi sur les génocides : faut-il prendre les menaces de la Turquie au sérieux ?

La validation du texte condamnant la négation du génocide arménien par le Sénat a ravivé la colère des Franco-turcs, qui ont manifesté lundi 23 janvier. © REUTERS.
La validation du texte condamnant la négation du génocide arménien par le Sénat a ravivé la colère des Franco-turcs, qui ont manifesté lundi 23 janvier. © REUTERS.
Après l'adoption de la loi par le Sénat sur la négation des génocides, Ankara menace Paris de rétorsions. Didier Billion, spécialiste de la Turquie à l'IRIS énumère les représailles possibles.

Lundi 23 janvier, le Sénat a adopté une proposition de loi pénalisant la négation des génocides reconnus par la loi française. Principalement visé, le génocide arménien en Turquie en 1915-1916. Quiconque niera ce génocide sera puni d'un an de prison et de 45 000 € d'amende.

Ce texte avait déjà été adopté par l'Assemblée nationale le 22 décembre 2011. Le Premier ministre turc avait à son tour accusé la France d'avoir commis un "génocide" en Algérie, puis rappelé son ambassadeur à Paris en Turquie.

La validation du texte par le Sénat, lundi, a donc ravivé la colère des Turcs : "La Turquie n'hésitera pas à rapidement mettre en œuvre comme bon lui semble les mesures prévues contre la France", avertit Ankara dans un communiqué.

Didier Billion, spécialiste de la Turquie à l'Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS), nous explique pourquoi la France doit prendre cette menace au sérieux.

  •  Quelles sont les représailles que peut mettre en œuvre la Turquie ?

"L'ambassadeur de Turquie en France a parlé de partir définitivement. Il a aussi évoqué que les relations diplomatiques se passent désormais au niveau des chargés d'affaire (plus bas dans la hiérarchie) et non plus au niveau des ambassadeurs.

En novembre dernier, Alain Juppé était allé en Turquie pour rencontrer le ministre des Affaires étrangères et le Premier ministre turc. Ils avaient parlé de la crise en Syrie. Là, ce type d'initiative est complètement réduit à néant !

La Turquie est une région instable, très importante dans le Moyen-Orient. C'était un partenaire important pour régler les conflits dans la région."

  • Et au niveau économique ?

"Un certain nombre d'entreprises françaises qui ont un intérêt important en Turquie vont se retrouver en porte-à-faux, comme Renault, Axa, Carrefour...

Dès lors qu'il y aura un nouveau projet industriel avec un appel d'offres, la France risque d'être évincée. Par exemple, la Turquie a un projet nucléaire en ce moment. Areva aurait pu être bien placée, mais s'il y a un appel d'offres, elle sera laissée pour compte.

La Turquie est l'un des seuls pays avec lesquels la France a une balance commerciale excédentaire ! Les conséquences sont donc très négatives."

  • Et sur le plan des échanges culturels ?

"En Turquie, il y a de nombreuses élites francophiles, formées dans des collèges et lycées francophones, qui risquent de connaître une période de turbulence. À Istanbul, l'université française Galatasaray pourrait être privée de subventions. Ces élites sont amères vis-à-vis de la France. Elles vont être de moins en moins nombreuses.

On accumule donc les erreurs. Les députés et sénateurs n'ont pas compris les conséquences à long terme."

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