Romney, Gingrich : les deux favoris de la primaire républicaine

Newt Gingrich et Mitt Romney ont débattu des grands enjeux de la campagne, le 26 janvier 2012 à Jacksonville, en Floride. © REUTERS.
Newt Gingrich et Mitt Romney ont débattu des grands enjeux de la campagne, le 26 janvier 2012 à Jacksonville, en Floride. © REUTERS.
Mitt Romney renforce son statut de favori à la primaire républicaine après sa victoire en Floride. Qu'est-ce qui le distingue de son principal rival Newt Gingrich ?

Hier Mitt Romney a largement devancé Newt Gingrich dans l'élection primaire républicaine en Floride. Il a recueilli 46 % des voix contre 32 % seulement pour Newt Gingrich.

Le candidat avait déjà déjà remporté la primaire du New Hampshire, il est donc le premier candidat à décrocher deux États. Pour sa part, Newt Gingrich a remporté la Caroline du Sud haut la main.

Romney et Gingrich, bien qu'ils appartiennent au même parti, ne sont pas interchangeables, loin de là.

1. Un riche businessman contre un tribun

Le débat de jeudi 26 janvier à Jacksonville, en Floride a fait ressortir les différences de style des deux candidats. Dans les États du Sud, Mitt Romney est souvent jugé un peu trop froid, représentant l’establishment de la côte est. Homme d’affaires très prospère, il est en effet devenu gouverneur de l'État du Massachusetts. Il a scandalisé une partie de l’électorat républicain modeste en déclarant qu'il n'avait pas touché grand-chose l'an dernier en donnant des conférences… juste près de 400 000 $ !

La faconde de Gingrich passe mieux auprès de l’électorat populaire et des États du Sud. Toutefois, "Gingrich est connu pour être très colérique, ce qui pourrait lui nuire", tempère Laurence Nardon, spécialiste des États-Unis à l'Ifri (Institut français des relations internationales). La chercheuse souligne également que Gingrich "cherche à représenter les Tea Parties (un mouvement hostile au pouvoir de l'État, NDLR), alors que c’est un politicien qui fréquente les couloirs du Capitole depuis les années 1980". Une position inconfortable, donc, pour l'ancien président de la Chambre des représentants dans les années 1990.

Autre paradoxe de Newt Gingrich : ce catholique a su gagner la confiance des électeurs républicains évangéliques, alors que ceux-ci considèrent généralement que les catholiques, qui lisent peu la Bible, ne sont pas de vrais chrétiens. Mitt Romney appartient à une autre minorité religieuse, bien plus sulfureuse : il est mormon.

Cependant, c'est plus Gingrich qui peut être suspecté de polygamie que le mormon Romney. Gingrich a en effet été accusé à plusieurs reprises par ses adversaires de moralité douteuse. Il aurait proposé une "union libre" à sa deuxième épouse avant de la quitter alors qu'elle venait d'apprendre qu'elle souffrait d'une sclérose en plaques. Mitt Romney, marié depuis plus de 40 ans, fait à l'inverse figure de bon père de famille.

2. Sur l'immigration, le plus modéré n'est pas celui qu'on croit

Les deux candidats sont - évidemment - contre le mariage gay. Mais pour Newt Gingrich, connu pour ses positions conservatrices décomplexées, le fait même de parler de mariage homosexuel est une "aberration", alors que Mitt Romney soutient le droit des gays à lutter contre les discriminations.

Les deux adversaires sont également opposés à l’avortement, mais Romney a changé d’avis sur la question. Ses adversaires l’accusent d’avoir conduit les contribuables du Massachusetts à financer des avortements, par le biais du système d’assurance-maladie qu'il a mis sur pied. En Caroline du Sud, il a "séché" un débat organisé par des militants anti-avortement.

Bien que Mitt Romney soit généralement présenté comme le plus "centriste" des candidats républicains, Gingrich est plus modéré que lui sur la question de l’immigration. Il estime qu’il est impossible de reconduire des millions de personnes aux frontières et se dit donc favorable à l'idée d’accorder la citoyenneté américaine aux immigrés illégaux qui résident aux États-Unis depuis des années, sans avoir commis d'infraction. Romney s'oppose au contraire énergiquement à toute "amnistie" des immigrés qui ont enfreint la loi en entrant et résidant illégalement sur le territoire américain.

"Romney a été obligé de se montrer plus radical pour reprendre l’électorat le plus extrémiste à Gingrich, qui l’a accusé d’être un destructeur d’emploi, un délocalisateur, décrypte Isabelle Nardon. Comme il a déjà une réputation de retourneur de vestes sur pas mal de sujets, il n’a pas voulu donner l’impression de changer d’avis sur l’emploi et la finance et a préféré durcir son discours sur l’immigration."

3. D'accord pour faire maigrir l'État

Si les points de divergences des deux candidats sont nombreux, les deux candidats sont d'accord pour réduire le périmètre de l'État fédéral. Romney veut ramener des dépenses de l’État à 20 % du PIB. Il considère normal que dans un univers capitaliste, il y ait "des gagnants et des perdants". Quand il était à la tête de la société Bain Capital, il n'a pas hésité à supprimer des milliers d'emplois en reprenant des entreprises en faillite.

Souvent présenté comme le candidat des riches, Romney veut supprimer les droits de succession, baisser l'impôt sur les sociétés et sur les dividendes.

Toutefois, sur les baisses d'impôts, Newt Gingrich va encore beaucoup plus loin que son rival. Les réductions qu'il propose accroîtraient le déficit de 1 300 milliards de dollars d'ici 2015, selon Challenge, soit le double de celles de Romney. Il souhaite que les contribuables américains puissent choisir de ne payer que 15 % d'impôts, quels que soient leurs revenus, ou de rester soumis au système fiscal actuel. L'impôt sur les sociétés passerait quant à lui de 35 à 12 %.

4. Gingrich veut faire tomber Castro

Tout en voulant réduire les dépenses de l'État, Romney veut revenir sur les réductions des dépenses militaires sous la présidence de Barack Obama et, par exemple, augmenter fortement le nombre de navires de guerre construits chaque année aux États-Unis.

Contrairement à un autre candidat républicain, Ron Paul, ni Romney ni Gingrich ne sont isolationnistes.

Gingrich veut même faire tomber le régime castriste, en poussant à un "printemps cubain", mais aussi Hugo Chavez. Il a toutefois précisé que sa stratégie pour renverser le leader vénézuélien serait "agressive" mais "non militaire".

D'une façon plus anecdotique, Newt Gingrich a déclaré en Floride qu'il souhaitait que les États-Unis disposent d'une base permanente sur la lune. Une proposition écartée avec un humour tranchant par Mitt Romney, qui a déclaré lors du débat de Jacksonville que si un employé était venu lui annoncer qu'il voulait dépenser des milliards de dollars pour installer une colonie sur la lune, il l'aurait "viré" sur le champ !

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