Partir rapidement d’Afghanistan, c’est possible ?

Barack Obama accueille François Hollande à la Maison Blanche, le 18 mai 2011. ©REUTERS
Barack Obama accueille François Hollande à la Maison Blanche, le 18 mai 2011. ©REUTERS
François Hollande le dit et le répète : il n'y aura plus de troupes françaises combattantes en Afghanistan à la fin de l'année. Pour l'armée française, se retirer du pays constitue un vrai défi logistique.

Cet engagement figurait parmi les 60 propositions du candidat socialiste : "il n’y aura plus de troupes françaises dans ce pays (l'Afghanistan) à la fin de l’année 2012".

Désormais président, François Hollande l'a réaffirmé vendredi 18 mai à Washington, juste avant l'ouverture d'un sommet de l'Otan. "Le retrait n'est pas négociable. Le retrait des forces combattantes, c'est une décision de la France et cette décision sera appliquée", a-t-il déclaré.

En 2010, les alliés de l’Otan ont décidé de commencer à se retirer du pays en 2011 et de transférer complètement la gestion de la sécurité aux troupes afghanes en 2014. Depuis, Nicolas Sarkozy a décidé d'accélérer le retrait des troupes françaises et de quitter le pays avant fin 2013.

Environ 3 600 soldats français sont déployés en Afghanistan. Il faudra non seulement les faire rentrer dans de bonnes conditions de sécurité mais également rapatrier tout le matériel français qui se trouve en Afghanistan : quelque 1 200 véhicules parmi lesquels près de 500 blindés lourds, quatorze hélicoptères,  1 500 containers de 12 tonnes...

Un défi logistique d'autant plus colossal que les Français ne seront pas les seuls à devoir évacuer leur matériel au cours de cette période : en tout, les membres de la coalition devront retirer plusieurs dizaines de milliers de véhicules et plus encore de conteneurs.

Vendredi, François Hollande a d'ailleurs confirmé que des "effectifs résiduels" de militaires français devraient rester sur le territoire afghan au-delà de la fin 2012 pour s'occuper de ces tâches. "Ils seront simplement affectés à la logistique pour rapatrier nos matériels (...) mais sous la protection des forces de l'Otan", a indiqué le président de la République.

Patrick Michon, spécialiste des questions de sécurité à l'Institut de Relations Internationales et Stratégiques, nous explique pourquoi le retrait complet des forces françaises d’Afghanistan est un processus complexe et de longue haleine.

  • On entend dire que le retrait des troupes françaises d’Afghanistan prendrait au moins 12 à 18 mois : pourquoi est-ce si long et compliqué de retirer des troupes ?

"Évacuer une zone de combat est beaucoup plus difficile qu'entrer au combat. C’est une opération lourde et coûteuse. Les talibans ne nous laisseront pas partir tranquillement. Il faudra envoyer des troupes fraîches pour protéger le retrait.

En 1841, le retrait d’Afghanistan a été un véritable calvaire pour les Anglais. Un seul d’entre eux en a réchappé et est arrivé à Jalalabad. En 1989, l’évacuation par les troupes de l’Armée Rouge a été un succès mais la tactique des soviétiques consistait à faire venir des civils pour applaudir le départ de troupes, ce qui évitait les attaques, comme les moudjahidines étaient plus réticents que les talibans à commettre des attentats risquant de toucher des civils, ou à envoyer l’aviation pilonner en permanence. L’évacuation des 100 000 hommes a coûté la vie à 'seulement' 550 personnes, mais elle était facilitée par la continuité territoriale entre l’Afghanistan et l’URSS
.

En outre, la France a envoyé des équipements de tout type là-bas : des VAB
(véhicules de l’avant blindé,   un véhicule de transport de troupes très répandu dans l’armée de terre, NDLR), des canons Caesar… Un certain nombre de VAB sont usés et peuvent rester sur place, mais il faudra en ramener à peu près la moitié."

  • Quelles sont les différentes routes possibles pour ramener tout cet équipement en France ?

"L’Afghanistan est une île entourée de territoires plus ou moins hostiles : le Pakistan, l’Iran… Les anciens pays de l’URSS (Tadjikistan, Ouzbékistan…) nous laisseront passer, mais contre espèces sonnantes et trébuchantes. Ils vont demander un droit de passage. (ensuite, il faudrait acheminer le matériel vers la France en train, à travers la Russie, NDLR).

Si on veut passer par la base française d’Abou Dhabi
(aux Émirats Arabes Unis), il faudra louer des avions pour aller jusque là, puis charger les véhicules sur des bateaux."

  • Pourquoi faudra-t-il louer des avions ?

"La France ne dispose que d'avions qui peuvent embarquer 10 à 15 tonnes. Ils peuvent servir à rapatrier des troupes mais pas des équipements lourds. Il faudra donc louer des appareils ukrainiens ou russes, ce qui coûtera très cher. Les Russes et les Ukrainiens ont des Antonov, des avions qui ont l’autonomie et la capacité de charge suffisante, mais tout le monde va les vouloir en même temps pour quitter l'Afghanistan".

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