Affaire Bettencourt : reprenons tout depuis le début…

Selon le magazine Forbes, l'héritière de L'Oréal se place à la 15e position des plus grosses fortunes du monde. © REUTERS.
Selon le magazine Forbes, l'héritière de L'Oréal se place à la 15e position des plus grosses fortunes du monde. © REUTERS.
Nicolas Sarkozy est entendu ce jeudi 22 novembre 2012 par le juge Jean-Michel Gentil à Bordeaux dans le cadre de l'affaire Bettencourt.

Nicolas Sarkozy est entendu ce jeudi 22 novembre 2012 par le juge Jean-Michel Gentil à Bordeaux. L'ex-président de la République est convoqué dans le dossier "abus de faiblesse". Le juge le soupçonne d'avoir profité de la faiblesse mentale de la milliardaire Liliane Bettencourt pour obtenir des fonds illicites lors de sa campagne présidentielle en 2007. Mais le dossier "abus de faiblesse" n'est qu'un volet de cette enquête.

L’affaire Bettencourt est une affaire à tiroirs, au sein de laquelle une brouille familiale cuite et recuite menace de tourner en scandale politico-financier. Argent, jalousie et pouvoir sont les ingrédients de ce feuilleton qui sent le souffre.

1. Une affaire de famille… dans une famille pas comme les autres

Tout commence en 2007 par une plainte pour abus de faiblesse déposée par la fille de Liliane Bettencourt, Françoise Bettencourt-Meyers, contre le photographe François-Marie Banier.

Fille et unique héritière du fondateur de l’empire L’Oréal, Liliane Bettencourt est immensément riche. En 2011, elle a été classée 15e fortune du monde par le magazine Forbes, avec 23,5 milliards de dollars.

Sa fille unique accuse François-Marie Banier d’avoir profité de la faiblesse de sa mère, alors âgée de 84 ans, pour lui soutirer d’énormes sommes d’argent –près d’un milliard d’euros entre 1997 et 2007, à la fois sous forme d’assurances vie, d’œuvres d’art et d’argent liquide.

Françoise Meyers demande la mise sous tutelle de sa mère. Cette dernière affirme qu'elle dispose de toutes ses facultés intellectuelles et réplique en portant plainte pour "violences morales" contre sa fille.

Les deux femmes semblent se réconcilier fin 2010, après que François-Marie Banier a renoncé à 600 millions d’euros d’assurance vie. Mère et fille retirent leur plainte.

La trêve ne dure même pas un an. En juin 2011, Françoise Meyers s’insurge contre les investissements réalisés par sa mère, sur conseil de son avocat, dans une société de jeux en ligne qui appartient à un des clients de ce même avocat.

Une expertise médicale révèle que la milliardaire souffre de démence mixte et de la maladie d'Alzheimer. Elle est placée sous la tutelle de sa fille et de ses petits-fils.

En septembre 2011, une information judiciaire est ouverte pour abus de faiblesse. François-Marie Banier mais aussi l'ancien gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt, Patrice de Maistre, sont mis en examen.

2. Évasion fiscale et blanchiment

Patrice de Maistre et François-Marie Banier sont également soupçonnés de blanchiment d'argent.

En juin 2010, l’affaire change en effet de dimension quand le site internet Mediapart révèle des enregistrements clandestins réalisés par le majordome de Liliane Bettencourt, qui a caché un dictaphone dans un salon de son hôtel particulier. On y entend Patrice de Maistre évoquer des opérations d'évasion fiscale avec la vieille dame.

En 2010, le Fisc a lancé une vaste opération de contrôle à l'encontre de Liliane Bettencourt, à l'issue de laquelle il lui a infligé un redressement fiscal de 77 millions d'euros. L'administration fiscale a découvert qu'elle possédait douze comptes en Suisse et à Singapour.

Son île d'Arros, aux Seychelles, achetée au shah d'Iran, posait également problème, car elle n'avait pas été déclarée.

3. Quand l'affaire devient politique

Les enregistrements clandestins révèlent également des relations entre le couple Woerth et Liliane Bettencourt. L'épouse d'Éric Woerth a en effet travaillé de 2007 à 2010 pour la société Clymène, société qui gère la fortune personnelle de la milliardaire. Au même moment, Éric Woerth était ministre du Budget.

Soupçonné d'être intervenu auprès de Patrice de Maistre - à qui il a remis la légion d'honneur - pour faire embaucher sa femme et d'avoir empêché un contrôle fiscal de Liliane Bettencourt, Éric Woerth est débarqué du gouvernement lors du remaniement de novembre 2010.

Le même Éric Woerth était trésorier de l'UMP et de la campagne de Nicolas Sarkozy pour la présidentielle de 2007.

L'ancienne comptable de Liliane Bettencourt affirme que Patrice de Maistre lui a demandé 150 000 € en liquide pour les remettre à Éric Woerth. Ce montant est très largement supérieur à celui autorisé dans le cadre d'une campagne électorale.

D'autres membres du personnel de Liliane Bettencourt évoquent un système d'enveloppes versées à des personnalités de droite. En août 2011, la juge Isabelle Prévost-Desprez déclare qu'un témoin a vu Nicolas Sarkozy se faire remettre de l'argent chez Liliane Bettencourt, avant d'être démentie par le témoin en question, ex-infirmière de la milliardaire.

Au moment où Woerth aurait reçu des fonds de Liliane Bettencourt, elle souffrait déjà de démence mixte et d'Alzheimer, selon la dernière expertise médicale.

Une perquisition a eu lieu au siège de l'UMP en mars 2011.

En outre, les juges d'instruction vont étudier de près les comptes de campagne de Nicolas Sarkozy en 2007, qui ont fait l'objet d'une réquisition judiciaire.

Le 9 février 2012, Éric Woerth est mis en examen pour "recel à raison d'une présumée remise de numéraire qui lui aurait été faite par M. Patrice de Maistre". Également mis en examen pour abus de faiblesse et biens sociaux, Patrice de Maistre est incarcéré à Gradignan (Gironde). Il fera 88 jours de détention provisoire

 

4. L'atteinte aux droits des journalistes

Ultime volet de la tentaculaire affaire Bettencourt, celui de l'espionnage de journalistes qui enquêtaient sur ce dossier. À l'automne 2011, Bernard Squarcini, patron de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), a été mis en examen pour "atteinte au secret des correspondances", "collecte illicite de données" et "recel du secret professionnel".

En 2010, un journaliste du Monde avait révélé des propos tenus par Patrice de Maistre à la police, qui impliquaient le ministre Éric Woerth.

Pour savoir comment le journaliste avait eu accès à ces informations, la DCRI avait demandé à Orange les fadettes de ce journaliste, qui l'avait mené à un collaborateur de la ministre de la Justice Michèle Alliot-Marie.

Or, les autorités n'ont le droit de remettre en cause le secret des sources des journalistes qu'en cas d'"impératif prépondérant d'intérêt public". Dans ce cas, il semble qu'il s'agissait avant tout de protéger le gouvernement.

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