L’affaire Florence Cassez résumée

Florence Cassez écoute les autorités mexicaines, lors d'une audience, le 3 mars 2009. © REUTERS
Florence Cassez écoute les autorités mexicaines, lors d'une audience, le 3 mars 2009. © REUTERS

La Cour suprême du Mexique a décidé mercredi 23 janvier de libérer immédiatement Florence Cassez, 38 ans, détenue au Mexique depuis sept ans et condamnée à 60 ans de prison pour enlèvement.

La juge Olga Sanchez Cordero, rapporteur, a proposé cette libération en s'appuyant sur les irrégularités constatées dans la procédure après l'arrestation de la Française. Trois des cinq juges de la Cour suprême ont voté pour la libération immédiate.

Florence Cassez a immédiatement quitté le Mexique et est attendue en France ce jeudi 24 janvier, en début d'après-midi. François Hollande "salue la décision de la Cour suprême du Mexique".

Que reprochait-on à Florence Cassez ? Pourquoi a-t-elle été arrêtée et détenue au Mexique ? Retour sur une affaire complexe qui avait provoqué un incident diplomatique entre la France et le Mexique et l'annulation de l'année du Mexique en France, en mars 2011.

1. Arrêtée puis condamnée pour enlèvement et association de malfaiteurs

En octobre 2004, Florence Cassez rencontre au Mexique Israel Vallarta, présumé chef de la bande du "Zodiaque", qui aurait à son actif une dizaine d'enlèvements et un meurtre.  Il devient son compagnon. La Française prétend qu'elle ne savait rien de ses activités criminelles.

Le 8 décembre 2005, alors qu'elle déménage de chez lui (après avoir rompu quelques mois plus tôt), elle est arrêtée par la police mexicaine. Au même moment, trois personnes séquestrées sont retrouvées dans la maison d'Israel Vallarta.

La Française est condamnée le 25 avril 2008 à un total de... 96 ans de prison ! Elle est inculpée pour quatre enlèvements, association de malfaiteurs, possession d'armes et de munitions. Le 4 mars 2009, elle obtient en appel une réduction de peine à 60 ans d'emprisonnement.

2. Les arguments de l'accusation : des témoignages à charge

Les trois otages vont témoigner contre Florence Cassez :

  • Ezequiel Yadir Elizalde, lors d'une confrontation avec elle en décembre 2005, affirme qu'elle faisait bien partie de ses ravisseurs.
  • Cristina Rios Valladares et son fils, en février 2006, la reconnaissent aussi comme l'un de leurs geôliers cagoulés. En mars 2008, Cristina Rios Valladares envoie une lettre ouverte aux médias, où elle apporte des éléments nourrissant les soupçons sur Florence Cassez.

Un membre présumé des kidnappeurs des trois otages va également témoigner contre elle :

  • David Orozco, en mars 2009, affirme qu'elle dirigeait bien avec Israel Vallarta la bande du "Zodiac". Selon lui, elle préparait les enlèvements et touchait les rançons.

3. Les arguments de la défense : mise en scène de l'arrestation, non-respect des droits, des témoignages peu crédibles

  • Mise en scène de l'arrestation

Le 9 décembre, la police fédérale avait mis en scène devant les caméras de la télévision mexicaine l'arrestation de Florence Cassez, pour faire croire à un "live", alors que la capture avait eu lieu la veille. Deux mois plus tard, l'Agence fédérale d'investigation avait reconnu la mascarade.

Or, en vertu de l'article 16 de la Constitution mexicaine, ce montage médiatique aurait dû faire annuler les poursuites : toute personne arrêtée doit être présentée dans les deux heures au parquet mexicain, ce qui n'a pas été le cas. Ce faux reportage télévisé a également nui à sa présomption d'innocence.

  • Florence Cassez n'a pu être en contact avec le Consulat Français. C'est pourtant une obligation, d'après la Convention de Vienne.
  • Des témoignages remis en cause

L'otage Ezequiel avait raconté aux policiers que Florence Cassez lui avait piqué le doigt pour l'anesthésier en menaçant de le lui couper. Mais des experts, lors du procès de la Française, ont prouvé que sa cicatrice était une simple tache de naissance. Les témoignages de Cristina Rios Valladares sont aussi sujets à caution : lors d'une première confrontation avec l'accusée, elle avait assuré ne pas la reconnaître.

Enfin, le témoin David Orozco avait avoué avoir dénoncé Florence Cassez "sous la torture".

4. Pourquoi a-t-elle été finalement libérée ?

  • Un nouveau président mexicain

Le départ de l’ancien président mexicain Felipe Calderon, fin 2012, qui s’était particulièrement opposé à la libération de Florence Cassez, a pu changer la donne.

Même si le nouveau Président Enrique Peña Nieto s’est gardé de tout commentaire sur l’affaire, le départ de Calderon a pu "dépolitiser" l’affaire et a permis de se concentrer sur les aspects constitutionnels et juridiques, explique TF1News.fr.

  • Un nouveau juge nommé à la Cour suprême

Le nouveau juge Ortiz Mena s’exprimait pour la première fois sur l’affaire. En outre, il remplaçait le juge Guillermo Ortiz Mayagoitia, proche de Felipe Calderon, qui était très hostile à la libération de la Française.

C’est lui qui a permis d’obtenir les trois voix nécessaires pour voter la libération immédiate et absolue de Florence Cassez.

  • Le mea-culpa de la télévision mexicaine

Ce lundi 21 janvier 2013, Carlos Loret de Mola, un présentateur vedette de la chaîne Televisa (principale chaîne mexicaine) avait reconnu publiquement à l'antenne que l'arrestation de la Française avait été mise en scène par les autorités, et exprimé ses regrets à ce sujet.

5. Florence Cassez ne sera jamais rejugée

Ce mercredi, la Cour suprême a décidé de sa libération pour "violation de ses droits fondamentaux" dans la procédure (mise en scène de son arrestation et irrégularités dans le fonctionnement de l’enquête). Mais la Française n’a finalement pas été rejugée sur le fond de l’affaire.

Contrairement à ce qui a été indiqué plus tôt dans les médias, l’affaire ne sera pourtant pas renvoyée en appel. La Cour serait allée plus loin que la proposition du la juge Sanchez, qui proposait sa libération immédiate mais un renvoi en appel du procès.

Voyant que deux des quatre autres juges se prononçaient en faveur de sa libération pure est simple, la juge est revenue à la proposition formulée dans le rapport du juge Zaldivar, rejetée lors d’un premier examen par la Cour suprême en mars 2012.

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