Polémique sur les civilisations : Guéant aide-t-il vraiment Sarkozy ?

Pour Claude Guéant, "toutes les civilisations ne se valent pas". ©REUTERS.
Pour Claude Guéant, "toutes les civilisations ne se valent pas". ©REUTERS.
En lançant sa phrase sur les civilisations, le ministre de l'Intérieur a ressuscité les vieux clivages idéologiques. Il n'est pas certain que cela profite au candidat Nicolas Sarkozy.

La sortie de Claude Guéant - "Toutes les civilisations ne se valent pas" - annonce le cadre dans lequel le président de la République entend inscrire sa campagne. Celui d'une dramatisation à outrance des enjeux et d'une réactivation des clivages idéologiques traditionnels entre gauche et droite. Nicolas Sarkozy espère ainsi fédérer l'extrême droite derrière sa candidature. Mais il n'est pas acquis que cette stratégie électorale de la tension lui profite, comme l'explique le politologue Stéphane Rozès, président de CAP, enseignant à Sciences po et HEC.

Pourquoi ce débat sur les civilisations surgit-il maintenant ?

"Nicolas Sarkozy tente de regagner une partie de l'électorat d'extrême droite en réactivant un conflit idéologique gauche-droite.

En gros il s'agit d'opposer les relativistes (toutes les civilisations se valent N.D.L.R) aux universalistes (les valeurs de la République sont valables partout dans le monde N.D.L.R). Nicolas Sarkozy veut enfermer la gauche dans le premier modèle pour prétendre incarner le second.

Sous cet angle, Claude Guéant a raté son objectif. Sa sortie sur les civilisations ne s'inscrit pas dans une tradition universaliste, mais bien plutôt différentialiste (les différences entre les cultures sont insurmontables N.D.L.R)."

Cette stratégie du clivage idéologique peut-elle réussir ?

"Je ne le crois pas. Si Nicolas Sarkozy veut rabattre l'électorat du Front national vers lui, ce n'est pas en pointant du doigt telle ou telle catégorie de population qu'il y parviendra. Au contraire. Ce genre de propos ne fait que renforcer le FN. C'est ce qu'on a constaté dans les sondages au lendemain du discours de Grenoble (30 juillet 2010 N.D.L.R.) dans lequel le président avait stigmatisé l'immigration."

S'il veut récupérer les voix de l'extrême droite, il doit donc faire l'inverse ?

"En 2007, les électeurs frontistes ont voté pour Nicolas Sarkozy, parce qu'ils se sont reconnus dans les valeurs mises en avant par le candidat - le triptyque Travail-mérite-pouvoir d’achat. Tout à coup, ils retrouvaient une place dans la nation. Autrement dit c'est en intégrant et non en excluant que l'on ramène l'extrême droite vers les partis républicains.

Au final, la saillie de Claude Guéant est totalement contre-productive. C'est le triomphe de la ligne de Patrick Buisson (conseiller du Président, ancien journaliste d'extrême droite) sur celle d'Henri Guaino (conseiller spécial et plume du président)."

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