Sarkozy à Marseille : son discours décrypté

Nicolas Sarkozy monte sur scène pour son premier grand meeting de campagne, le 19 février 2012 à Marseille. © REUTERS.
Nicolas Sarkozy monte sur scène pour son premier grand meeting de campagne, le 19 février 2012 à Marseille. © REUTERS.
Nicolas Sarkozy tenait dimanche après-midi son premier grand meeting de campagne, à Marseille. Sélection et décryptage des passages essentiels.


1. POURQUOI SUIS-JE CANDIDAT ?

“J’aimais le ciel sous lequel je vivais, j’aimais le son des mots, les chansons, les musiques, les livres, les villes … J’aimais une façon de rire, d’être libre, une façon française de goûter la vie. J’aimais une façon d’aimer. Au fond, j’aimais la France sans le savoir. (...) Il n’y a pas de combat supérieur à celui que l’on mène pour son pays”

La lettre de motivation du candidat Sarkozy pourrait se résumer en une phrase : “je suis candidat car j’aime viscéralement la France et je veux la défendre”.  Sarkozy est bel et bien entré dans la peau du candidat. Il joue très fortement la personnalisation, la proximité et le paternalisme (“papa est là”).

2. POURQUOI LA FRANCE DOIT-ELLE ÊTRE FORTE ?

“J’ai compris que la France était le seul rempart grâce auquel on pouvait protéger les Français. Une France faible ne peut pas protéger les Français.”

Nicolas Sarkozy cherche à prendre de la hauteur et à placer le débat au niveau international. Il est candidat mais aussi chef d’Etat, ce qui le place de facto au dessus de son adversaire.

On repense à la fameuse passe d’armes entre Jacques Chirac et François Mitterrand durant un débat télévisé en 1988.  Au cours de cet échange, Mitterrand donnait à son adversaire du “Monsieur le Premier ministre” pour mieux marquer l'infériorité hiérarchique et symbolique de Chirac.

Par ailleurs, le candidat UMP commence à introduire son argumentation sur la nécessité de protéger les intérêts de la France au plan international, dans l’intérêt concret des Français. Ce qui lui permettra de fustiger les politiques purement nationales et dépensières de ses adversaires.

3. COMMENT JE VOUS AI PROTÉGÉ DE LA CRISE

“Nous avons échappé à une catastrophe. (...) regardez ce qui arrive aujourd’hui à l’ouvrier grec, au retraité italien, au chômeur espagnol, au fonctionnaire portugais, à ces familles américaines condamnées à vivre dans des mobil-homes.”

“La vérité, c’est que l’Etat n’a pas fait faillite, que les salaires et les pensions de retraite n’ont pas été baissés, que le chômage n’a pas explosé comme ailleurs, que des millions de Français n’ont pas été chassés de chez eux.”

Je vous ai protégé de la crise financière mondiale depuis 2008. Sans moi, vous seriez peut-être au chômage, sans logement, sans ressources... Sarkozy s’appuie de toutes ses forces sur la crise pour revendiquer un bilan qu’il juge excellent : le système financier mondial tient toujours.

4. LES SOCIALISTES SONT IRRESPONSABLES

“Occulter la crise, ce n’est pas seulement malhonnête, c’est dangereux.  Dire aux Français : “Dormez tranquilles, il n’y a pas de crise”, c’est irresponsable et moralement inacceptable.”

Sarkozy laisse entendre que ses adversaires politiques, François Hollande en particulier, minorent le problème. Nicolas Sarkozy cherche à enfermer les socialistes dans le piège de l’austérité qui limite tout plan social d’envergure.

Le retour à la retraite à 60 ans, l’augmentation des minimas sociaux, l’embauche de 60 000 profs de plus... Toutes ces mesures proposées par le PS seraient donc “irresponsables” au regard de la situation économique internationale.

5. MON ACTION A ÉTÉ GÂCHÉE PAR LA CRISE

“Travailler davantage, c’est la seule façon de préserver notre niveau de vie et notre pouvoir d’achat et de sortir de cette crise qui tire tant de pays vers le bas.”

“Les effets bénéfiques de tant de réformes que la France attendait ont été masqués par les dégâts de la crise. Mais grâce à ces réformes, la France a renoué avec ses valeurs et sortira plus forte de la crise.”

Sarkozy reconnaît implicitement l’échec des heures supplémentaires qui matérialisaient son fameux slogan “travailler plus pour gagner plus”. Mais il se dédouane de cet échec par la crise.

Et promet que plus tard, on le remerciera. De fait, il ne peut pas ignorer cette embûche majeure sur le chemin de l’Elysée : il a échoué sur le terrain du pouvoir d’achat.

6. LE SOCIALISME, C’EST l’ASSISTANAT

“Si les Français ont souffert de la crise, c’est à proportion des erreurs qui avaient été commises et qui ont affaibli la France.”

“Quand on oublie la France, on tolère l’absentéisme scolaire, on s’offusque de la suspension des allocations familiales, et on oublie qu’un enfant qui ne va pas à l’école, c’est une richesse immense que la France gaspille et que toute sa vie, cet enfant sera à la charge de tous.”

“Quand on oublie la France, on oublie que ceux qui ne travaillent pas sont toujours à la charge de ceux qui travaillent.”


Nicolas Sarkozy emploie de nouveau la stratégie de 2007 en stigmatisant les profiteurs, les irresponsables, les fainéants. C’est une façon de s’attaquer indirectement à la gauche, qui les soutiendrait et les encouragerait sous le prétexte d’être solidaire.

Il s’appuie sur un exemple concret et qui parle à tout le monde : la suspension des allocations familiales pour lutter contre l’absentéisme. La gauche avait dénoncé cette mesure mise en place en janvier 2011, au motif qu’elle serait inefficace et risquait d’aggraver encore un peu plus les difficultés de ces familles souvent modestes. 

7. LE PS ROULE POUR LUI, PAS POUR VOUS !

“Les ouvriers de Fessenheim savent bien que l’on ne croit pas en son pays quand on est prêt à arrêter des dizaines de réacteurs nucléaires en contrepartie d’un accord électoral qui se fait sur le dos de milliers d’ouvriers de la filière nucléaire française”.

Nicolas Sarkozy fait référence à l’accord entre les socialistes et les Verts d’Europe Ecologie conclu en novembre 2011. Celui-ci prévoit notamment le démantèlement progressif de la filière nucléaire avec reconversion dans des “emplois verts”. L’adoptation d’un programme commun entre les Verts et le PS s’est fait en échange de 25 à 30 députés en cas de victoire de la gauche aux législatives de juin 2012.

8. LE PS, C’EST LE COMMUNAUTARISME, PAS LA RÉPUBLIQUE


“Je me souviens de ceux qui voulaient séparer les hommes et les femmes dans les piscines municipales parce qu’il étaient prêts à tous les compromis avec les valeurs républicaines.”

Tacle à l’encontre de Martine Aubry qui avait réservé pendant neuf ans un créneau horaire aux seules femmes musulmanes dans une piscine municipale de Lille.

9. L’IMMIGRATION DOIT ÊTRE CHOISIE, PAS SUBIE

“Je n’ai pas changé et je ne changerai pas pour l’immigration zéro, qui pour un pays comme la France n’a tout simplement pas de sens. Mais refuser tout contrôle, récuser l’immigration choisie, laissant ainsi la porte ouverte à l’immigration subie, c’est irresponsable et moralement condamnable.”

Brice Hortefeux, alors ministre de l’immigration, évoque en février 2008 l’idée d'instaurer des quotas annuels de migrants admis à séjourner en France, sur des critères professionnels (listes de métiers) et de nationalité. C’est cela l’immigration choisie. Une commission présidée par Pierre Mazaud estime en juillet que la proposition est à la fois irréalisable et opportuniste.

Nicolas Sarkozy fait cette fois un appel du pied très clair à l’électorat du Front national. Tout comme avec les deux déclarations suivantes d’ailleurs.

10. LA FAMILLE DOIT RESPECTER LA TRADITION

“La famille, le mariage font partie de ces institutions qu’il ne faut aborder qu’avec infiniment de précautions. Ils restent des repères, des références profondément ancrées dans notre conscience collective et qui font partie de notre identité. Nous ne voulons pas que l’on sacrifie notre identité à la mode du moment.”

Clin d’oeil à l’électorat catholique et traditionnaliste à droite. Sans rien dire de précis, Nicolas Sarkozy semble viser le mariage gay. Est-ce un effet du récent ralliement de Christine Boutin ?

11. IL FAUT CHANGER LE SCRUTIN LEGISLATIF

"Je veux évoquer la question d’un mode de scrutin qui tient à l’écart du Parlement de grands courants de notre vie politique et qui au fond, pousse aux manoeuvres d’appareil. Je suis convaincu qu’un mode de scrutin doit avoir pour objectif de dégager une majorité capable de gouverner. Mais il me semble que l’on pourrait corriger à la marge ce mode de scrutin pour que tous les grands courants politiques puissent avoir des représentants." 

Seule et unique proposition du président, elle reste très floue. Il s'agit manifestement d'un nouveau clin d'oeil au Front national et aux petits partis de droite pour le second tour de la Présidentielle. Si vous votez pour moi, vous aurez une part du gâteau législatif de juin 2012. A savoir plus de députés à l'Assemblée selon la dose de proportionnelle qui serait ajoutée. Proportion qui doit encore faire l'objet de négociations...

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