Borloo-Veolia : ces politiques qui se recasent dans le privé

L'ancien ministre de l'Environnement Jean-Louis Borloo était pressenti pour prendre la tête de Veolia Environnement, selon Les Echos. © REUTERS.
L'ancien ministre de l'Environnement Jean-Louis Borloo était pressenti pour prendre la tête de Veolia Environnement, selon Les Echos. © REUTERS.
L'hypothèse du parachutage de Jean-Louis Borloo à la tête de Veolia a relancé le débat sur les connivences entre les hommes politiques et le monde des affaires.

Lundi 20 février, les quotidiens Les Échos et Libération annonçaient que Jean-Louis Borloo était pressenti pour remplacer Antoine Frérot à la tête du groupe Veolia. Le PDG d'EDF et ancien patron de Veolia Henri Proglio et Nicolas Sarkozy se seraient entendus sur ce parachutage de l'ancien ministre de l'Environnement au sein de ce géant français de la gestion de l'eau, des déchets et des transports.

Cette information, démentie par Jean-Louis Borloo et balayée par Nicolas Sarkozy d'un simple "c'est absurde", a entraîné des réactions cinglantes de la part de l'opposition. Le candidat du MoDem François Bayrou a fustigé les "relations incestueuses" entre pouvoir politique et pouvoir économique, François Hollande a lancé "Dans quelle République est-on ?"

Pourtant, Jean-Louis Borloo n'aurait pas été le premier haut responsable politique a être recasé à un poste de direction dans une grande entreprise privée.

1. Du pantouflage au conflit d'intérêt

Traditionnellement, on parle de pantouflage quand un énarque ou un polytechnicien quitte le service public pour aller travailler dans le secteur privé. Les fonctionnaires de Bercy sont particulièrement nombreux à suivre cette trajectoire. Les pantouflages se sont multipliés à partir des années 1980, tant dans le secteur de l'énergie que des transports ou des télécommunications. La privatisation de grandes entreprises publiques françaises (France Télécom, Pechiney...) a encouragé ce phénomène.

De même, en offrant de hautes responsabilités aux anciens ministres ou conseillers politiques, les grandes entreprises espèrent bénéficier de leur expérience acquise au sommet de l’État, de leur réseau et souvent de leur connaissance du versant politique de dossiers sensibles. D'où de fréquents soupçons de conflits d'intérêts.

La commission de la déontologie de la fonction publique est chargée d'examiner s'il existe effectivement un risque de conflit d'intérêt quand un fonctionnaire ou ancien membre de cabinet ministériel quitte la fonction publique pour le privé.

2. Parachutages et reconversions célèbres

Certains passages d'un poste politique à une haute responsabilité dans le privé sont restés dans les annales :

  • Stéphane Richard : cet ami de Nicolas Sarkozy est passé du poste de directeur de cabinet de Christine Lagarde à Bercy à France Télécom, en septembre 2009, où il s'est préparé à remplacer le PDG Didier Lombard à l'expiration de son mandat. En 2011, il est effectivement devenu PDG de l'entreprise. Stéphane Richard avait passé quinze ans dans le secteur privé et avait siégé pendant 5 ans au conseil d'administration de France Télécom avant de rejoindre l'équipe de Christine Lagarde à Bercy. La commission de la déontologie avait donné son accord à son départ pour France Télécom, assorti d'une condition : "Sous réserve qu'il s'abstienne, jusqu'au 30 juin 2012, de toute relation professionnelle" avec le cabinet du ministère de l’Économie. Stéphane Richard avait pris soin, lui, de lui préciser qu'il ne suivait pas le dossier des télécoms à Bercy.
  • François Pérol : ancien conseiller économique de Nicolas Sarkozy et secrétaire général adjoint de la présidence de la République, il prend en 2009 la tête de BPCE, la structure issue de la fusion entre Banque populaire et Caisses d'Épargne. Une fusion qu'il avait lui-même pilotée pour le compte de l'Élysée. Les syndicats Sud et CGT des Caisses d'Épargne et des associations de défense des citoyens ont porté plainte contre cette nomination mais leur plainte a été classée sans suite.
  • Laurent Solly : le directeur de campagne adjoint de Nicolas Sarkozy est devenu en 2007 directeur général adjoint de TF1. La chaîne privée appartient au groupe Bouygues, dont le PDG Martin Bouygues est un ami du président de la République.
  • Anne Lauvergeon : cet ingénieur des Mines devient au début des années 1990 secrétaire générale adjointe de l'Élysée, sous François Mitterrand. Elle assiste le Président lors des grands sommets internationaux. En 1999, Dominique Strauss-Kahn lui offre la direction de la Cogema, qui devient Areva après avoir fusionné avec Framatom. Pendant douze ans, elle dirige le groupe nucléaire français.
  • Jean-Pascal Beaufret : directeur général des impôts à l'époque où Dominique Strauss-Kahn était ministre de l'Économie, ce haut-fonctionnaire est devenu directeur financier adjoint d'Alcatel en 1999, après la démission de DSK.

La liste est loin d'être exhaustive : Michel Pébereau a été conseiller auprès de Valéry Giscard d'Estaing dans les années 1970, avant de diriger BNP Paribas, Louis Schweitzer directeur de cabinet de Laurent Fabius avant de prendre les rênes de Renault...

Toutefois, le passage dans le privé s'effectuait par le passé plutôt après une longue carrière de fonctionnaire. Aujourd'hui la tendance est plutôt à la multiplication des passerelles et des allers-retours. Des allers-retours qui multiplient les risques de conflits d'intérêt, même si tous les "pantoufleurs" n'en sont pas accusés.

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