Cheminade est-il à la tête d’une secte ?

Jacques Cheminade remet ses parrainages au Conseil Constitutionnel, le 8 mars 2012. © Capture écran / BFM TV.
Jacques Cheminade remet ses parrainages au Conseil Constitutionnel, le 8 mars 2012. © Capture écran / BFM TV.
En remettant 538 signatures d'élus au Conseil Constitutionnel le 8 mars, il vient d'obtenir le droit de se présenter au premier tour de la présidentielle. Un candidat méconnu, que certains soupçonnent de diriger une secte.

À l’heure où Marine Le Pen se dit "inquiète" de ne pas parvenir à réunir ses 500 parrainages dans le délai imparti, un petit candidat, quasi inconnu du grand public, a quant à lui réussi à convaincre suffisamment d’élus pour se présenter à l’élection présidentielle. Le 8 mars, Jacques Cheminade a en effet déposé 538 signatures auprès du Conseil Constitutionnel.

À la tête du parti politique Solidarité et Progrès, fondé en 1996, il est cependant un candidat controversé. Déjà présent au 1er tour de l’élection présidentielle de 1995, où il avait réalisé l’honorable score de 0,28% des suffrages, Jacques Cheminade traîne derrière lui une réputation de "gourou de secte" ou de politicien d'extrême-droite.

1. Un obscur maître à penser américain

En cause, son amitié avec un milliardaire américain excentrique, Lyndon LaRouche. Ancien trotskiste, LaRouche était, lors de sa rencontre avec Cheminade en 1974, président de l’U.S Labor Party.

Un parti au discours nébuleux, militant pour la fin de "la domination britannique", une réorganisation du système financier international et dénonçant pêle-mêle le pouvoir du FMI, des banquiers juifs de la City (la place financière de Londres) ou l’implication de la reine d’Angleterre dans le trafic de drogue international.

Souvent décrié aux États-Unis pour son discours extrémiste et l’aspect paranoïaque de sa personnalité, Lyndon LaRouche s’est récemment fait remarqué pour avoir insinué que les attentats du 11 septembre 2001 avaient été organisés par le gouvernement britannique et l’Arabie Saoudite et pour avoir comparé Barack Obama à Hitler (une idée d'ailleurs reprise à son compte par Jacques Cheminade, le 9 mars).

Certains commentateurs américains voit en lui le chef d’un "culte", un "théoricien du complot".

Jacques Cheminade n’a jamais caché le lien étroit qui l’unit à Lyndon LaRouche. Son site de campagne, dans la rubrique "Ses amis dans le monde", renvoie systématiquement vers les sites des antennes internationales du mouvement de LaRouche.

2. Des méthodes de recrutement contestées

Le Parti ouvrier européen (POE), la Fédération pour une nouvelle solidarité (FNS) puis Solidarité et Progrès, les trois partis successivement dirigés par Jacques Cheminade, seraient le relai français des idées polémiques prônées par LaRouche.

Le fonctionnement interne de Solidarité et Progrès, et notamment sa méthode de recherche de nouveaux militants, a été à diverses reprises pointé du doigt par l’Union nationale des associations de défense des familles et de l’individu victimes de sectes (UNADFI), qui y voit un comportement sectaire.

Les étudiants constituent la cible privilégiée de Solidarité et Progrès, et de vastes campagnes de recrutement sont régulièrement organisées sur les campus de Paris, Rennes, Nantes ou Lyon. Plusieurs témoignages de "repentis" ou de familles ont souligné un phénomène d’embrigadement des jeunes, incités selon elles à rompre avec leurs familles et amis et à quitter études et travail pour se consacrer exclusivement au mouvement.

Le parti de Jacques Cheminade ne compterait que 200 sympathisants, mais bénéficierait du soutien inconditionnel d’une cinquantaine de ces militants, pleinement dévoués à la cause de Solidarité et Progrès.

Même vigilance du côté de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) : dans son rapport pour 2005, elle alertait sur ce parti qui "sous l’apparence d’une idéologie politique ‘'anti-Bush'’ et avec une image alternative aux mouvements politiques constitués, joue sur la fibre engagée et idéaliste des étudiants".

Pour Hervé Machi, secrétaire général de la Miviludes, le dossier Solidarité et Progrès n’est toutefois plus d’actualité. Interrogé par la radio Le Mouv’ en janvier dernier, il a précisé que "les derniers signalements […] remontent à 5 ou 6 ans" et que la Miviludes n’y a pas donné suite "sans doute parce qu’à l’époque, la Mission a considéré que les critères de la dérive sectaire n’étaient pas caractérisés".

Une bonne nouvelle donc pour Jacques Cheminade, qui dénonce régulièrement le traitement orienté de sa candidature par les médias.

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