Comment peut-on contrôler la santé des présidents de la République ?

En juillet 2009, Nicolas Sarkozy a été hospitalisé après avoir fait un malaise pendant un footing © Reuters
En juillet 2009, Nicolas Sarkozy a été hospitalisé après avoir fait un malaise pendant un footing © Reuters
Tous les présidents de la République se sont engagés à la transparence sur leur santé. Pourtant, aucun d’entre eux n’a tenu promesse.

Georges Pompidou prétendait qu’il avait la grippe alors qu’il souffrait d’un cancer. Les bulletins de santé de François Mitterrand étaient tous mensongers. Après son accident vasculaire cérébral, Jacques Chirac évoquait un petit « pépin ».

Dans Le Dernier tabou. Révélations sur la santé des présidents (à paraître ce mardi aux Editions Pygmalion), Denis Demonpion et Laurent Léger rappellent qu’aucun président n’a voulu mettre en place une procédure permettant de vérifier l’état de santé du chef de l’Etat.  Laurent Léger, grand reporter à Charlie Hebdo, répond à nos questions.

  • Comment pourrait-on contrôler de manière certaine l’état de santé des présidents de la République ?

"Après la mort de François Mitterrand en 1996, un groupe de constitutionnalistes et de médecins (Guy Carcassonne, Olivier Duhamel, le président de l’Ordre des médecins de l’époque, le professeur qui avait opéré François Mitterrand…) se sont demandés s’il était normal qu’aucun contrôle de santé du président ne soit effectué pendant son mandat.

De nombreux témoignages avaient montré qu’à la fin de son mandat ce n’est plus François Mitterrand, mais son Premier ministre Edouard Balladur qui gérait le pays.

Dans leur rapport, ils préconisaient qu’un collège de médecins examine tous les six mois ou une fois par an le président de la République. Ces médecins auraient pour obligation de remettre un rapport au président du Conseil constitutionnel s’ils détectaient une maladie grave, mentale ou physique, qui empêcherait le président d’exercer sa fonction.

Il ne s’agirait évidemment en aucun cas d’une transparence absolue permettant de savoir si le président est grippé ou s’il s’est cassé le doigt."

  •  Où en est-on aujourd’hui ?

"Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy ont laissé ce dossier dans un tiroir. Edouard Balladur a été le troisième à écarter cette réforme en 2007-2008, lorsqu’il était à la tête du Comité de réforme constitutionnelle. Selon lui, on ne peut pas laisser des médecins décider de qui préside la France : il ne faut pas toucher aux institutions, elles savent s’adapter aux situations.

En définitive, aujourd’hui, les candidats à la présidence et le président en fonction n’ont aucune obligation en matière de santé. Ce n'est pas normal : ils devraient, comme tous les salariés, passer régulièrement des visites médicales."

  • Comment cela se passe-t-il à l’étranger ?

"L’exemple le plus marquant est celui des États-Unis. Le président et les candidats rendent des comptes extrêmement précis sur leur état de santé. John McCain, candidat en 2008, avait communiqué 1 100 pages d’analyses médicales. Barack Obama a rendu public son bilan de cholestérol et les antécédents cancéreux de ses parents et de ses grands-parents. Il n’y a pas de loi les y obligeant, mais c’est une pratique communément admise."

Couverture le dernier tabou 200 Comment peut on contrôler la santé des présidents de la République ?

Partager cet article

Comment a été fabriqué cet article ?

Ils ont contribué à la rédaction de la réponse

Les ressources

Ils ont amélioré la réponse