Le Front national est-il un parti comme les autres ?

Au 1er tour de l'élection présidentielle, Marine Le Pen a réalisé le score record de 17,9% des voix. © REUTERS.
Au 1er tour de l'élection présidentielle, Marine Le Pen a réalisé le score record de 17,9% des voix. © REUTERS.
Le 24 avril, Nicolas Sarkozy a assuré que Marine Le Pen était "compatible avec la République" et Claude Guéant que le Front national était "un parti démocratique".

En déplacement mardi 24 avril à Longjumeau, Nicolas Sarkozy a suscité la polémique en déclarant à propos de Marine Le Pen et du Front national qu’ "à partir du moment où vous avez le droit de vous présenter à des élections […], vous êtes compatible avec la République".

Obligé de courtiser les quelque 6,4 millions d’électeurs de Marine Le Pen à l’approche du second tour, le président-candidat s’est évertué ces derniers jours à "dédiaboliser" le vote Front national.

Un processus déjà engagé depuis l’élection de Marine Le Pen à sa tête en janvier 2011. Un sondage BVA révélait en mars 2011 que 52% des Français considéraient "le Front national comme un parti comme les autres". Un chiffre en hausse de 10 points, en l’espace de seulement 6 mois.

Une formation politique régulièrement dénoncée pour des prises de positions racistes et xénophobes peut-elle vraiment être reconnue légitime ?

1. Oui, le Front national joue le jeu démocratique

  •  Son existence est légale

Depuis sa création en 1972, la question de la légalité du FN refait régulièrement surface.

Accusant le parti d’extrême-droite de ne pas correspondre aux valeurs républicaines, l’hebdomadaire Charlie Hebdo a lancé une pétition pour son interdiction en 1995. Elle recueille près de 174 000 signatures, mais n’aboutit pas.

L’article 4 de la Constitution prévoit bien que les partis politiques "doivent respecter les principes de la souveraineté nationale et de la démocratie". Et comme toute association dite "loi 1901", ils peuvent être dissous s’il s’avère qu’ils ont été formés "en vue d’une cause ou d’un objet illicite".

L’État est déjà intervenu pour interdire des organisations politiques d’extrême-droite : les Camelots du Roi et les Croix de Feu en 1936, le Parti nationaliste en 1959, Occident en 1968 puis Ordre Nouveau en 1973…

Le Front national n’a quant à lui jamais fait l’objet d’une telle procédure de dissolution : les autorités considèrent qu’il répond à toutes les exigences démocratiques d’un parti politique.

  • Il répond aux attentes d'un électorat

Du milieu des années 1980 à aujourd’hui, selon le type d’élections, le Front national a représenté entre 6 et 18% de l’électorat français. Dans certaines régions, son score dépasse parfois les 30%.

En 30 ans, le FN a su s’imposer comme un acteur incontournable du paysage politique. Pour preuve, le résultat record obtenu par Marine Le Pen au 1er tour de l’élection présidentielle : 17,9% des voix.

Juger que le Front national n’est pas un parti comme les autres revient à nier les choix politiques de cet électorat, pourtant massif. La démocratie ne reconnaît pas de "bon" ou de "mauvais" vote : les électeurs frontistes disposent des mêmes droits civiques que les autres.

  •  Il a une expérience politique républicaine

Contrairement à certains autres mouvements d’extrême-droite, le Front national n’entend pas remettre en question le système républicain : le programme de Marine Le Pen mentionne que "la démocratie est un principe fondamental de la République française, un bien sacré".

Comme n’importe quel parti, le FN contribue à sa manière au débat public et participe pleinement au processus électoral.

C’est ainsi qu’à la faveur de l’application du scrutin proportionnel, le FN a remporté 35 sièges de députés lors des législatives de 1986 .

Aux municipales de 1995, le parti a également remporté trois mairies : Toulon, Orange et Marignane, suivis de Vitrolles en 1997. La gestion de ces villes sous le FN fût vivement critiquée, mais il n’empêche que l’extrême-droite a eu pour la première fois l’occasion de mettre en œuvre son programme.

  •  Il conclut des alliances politiques

S’il tente de séduire ses électeurs, Nicolas Sarkozy a tenu le 25 avril à préciser que : "l'accord avec le Front national, il n'y en aura pas, et des ministres du Front national, il n'y en aura pas."

A l’échelle locale, les partis de droite ne tiennent pourtant pas forcément le même discours. Dès 1977, des arrangements politiques ont été conclu entre le RPR et le FN pour les élections municipales, cantonales ou régionales.

Les frontistes ont par exemple cogéré la ville de Dreux avec le RPR entre 1983 et 1989, et permis à la droite d’obtenir 6 présidences de région en 1986.

Le Front national n’est donc pas si isolé au sein du paysage politique français : dans des situations électorales tendues, il redevient un allié potentiel pour la droite.

2. Non, le Front national diffuse des idées contraires aux valeurs républicaines

  • Il reste réputé pour ses propos controversés

Les sorties scandaleuses de Jean-Marie Le Pen ont contribué à forger l’image d’un parti raciste, antisémite et homophobe.

Les chambres à gaz "point de détail de l’histoire", "Durafour-crématoire", les "sidaïques" comme "espèce de lépreux"… En 30 ans, le fondateur du FN a été condamné 18 fois pour ses propos (apologie de crime de guerre, provocation à la haine, la discrimination et la violence raciale, injure publique...).

La quête de respectabilité de Marine Le Pen pour le FN se heurte souvent au souvenir des frasques de son père.

  • La "préférence nationale" est anticonstitutionnelle

Au cœur du programme frontiste, la "préférence nationale" a été renommée pour la campagne présidentielle "priorité nationale". L’idée reste pourtant la même : réserver aux seuls nationaux emplois, logements ou aides sociales.

Un mécanisme difficilement compatible avec l’article premier de la Constitution, qui prévoit que "[La France] assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion". Même si cet article vise explicitement "les citoyens", le Conseil constitutionnel ne fait pas de différence entre Français et étrangers quand il s'agit de discriminations.

En 1998, la maire FN de Vitrolles, Catherine Mégret, a mis en pratique cette théorie de la "préférence nationale", en instaurant une allocation de naissance de 5000 F (762€) pour les enfants nés de parents français ou ressortissants de l’Union européenne.

En 2000, elle a été condamné à 100 000 F d’amende pour "discrimination" et "incitation à la discrimination".

 

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