Qui est François Hollande ?

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En accédant à la magistrature suprême avec 51,62 % des suffrages, François Hollande réalise le rêve de toute une vie. Derrière la jovialité bonhomme se cachait une volonté de fer.

À quoi pensera-t-il le 15 mai lorsque l'huissier en queue-de-pie et chaîne d'argent refermera la porte ? À quoi pensera-t-il seul derrière son bureau du salon doré - celui qu'occupait Nicolas Sarkozy - face à son destin de 7e président de la Ve République française ?

Sans doute se souviendra-t-il de sa réponse au père d'un des ses copains qui lui demandait ce qu'il comptait faire plus tard. Le jeune Hollande, 15 ans à l'époque, avait répondu très sérieusement "président de la République".

Personne n'y croyait

Quarante-trois ans plus tard, il songera certainement aux trésors d'obstination qu'il lui a fallu déployer pour surmonter l'incrédulité et la condescendance qui avaient accueilli, en 2008, sa décision de lancer dans la bataille de la présidentielle. Lui président ? Allons donc, ricanait-on dans les couloirs de la rue de Solférino, le siège du Parti.

Les éléphants - Laurent Fabius, Martine Aubry… - n'avaient-ils pas coutume de le désigner sous les élégants sobriquets de "Flanby", "Le grand méchant mou","Fraise des bois" ou "couille molle". Les mêmes qui se précipitent déjà pour quêter un maroquin. À commencer par Arnaud Montebourg, celui qui en 2007, alors que Ségolène Royal était la candidate des socialistes, avait déclaré que le seul problème de la championne du PS, c'était… son compagnon.

L'incarnation de la banalité

Flamboyant, Hollande ne l'était assurément pas jusqu'à sa mue en candidat. La faute à son physique. Ce corps sans muscles, cet embonpoint , ce regard de hibou ébahi - conséquence d'une forte myopie - lui interdisaient d'évoluer dans la cour des leaders charismatiques, certains de tutoyer l'histoire un jour.

Nul mystère apparemment dans cet homme "normal" tel qu'il aimait à se présenter au début de la campagne électorale. Ni fin lettré, comme François Mitterrand, personnage de roman qui n'a cessé d'écrire sa légende, ni doctrinaire élevé dans la rigidité trotskyste comme Lionel Jospin, François Hollande semble condamné à incarner la banalité.

Né le 12 août 1954 à Rouen où il a grandi, transplanté à Neuilly -sur-Seine en mai 1968 ce bon élève n'a jamais fait ses classes ailleurs que dans l'institution scolaire et les grandes écoles. Alors que la France s'abandonnait au fantasme des barricades et de la révolution, le lycéen puis l'étudiant est resté insensible aux sirènes du gauchisme, préférant enchaîner une licence de droit, HEC Sciences-po Paris, et, pour finir, l'ENA dont il sortira 7e en 1980.

Son idole à lui, c'était un politicien fourbu de la IVe République : François Mitterrand. Curieux choix à une époque où les adolescents punaisaient le poster de Che Guevara, nouveau Christ païen, au-dessus de leur lit.

Cette attirance vers la gauche bonhomme, c’est à sa mère qu’il la doit. Assistante sociale, Nicole Hollande ne jurait que par l'homme qui, en 1965, à la surprise générale, parvint à mettre en ballottage le Général De Gaulle.

Le sectarisme, voilà le danger

De son père, le jeune François conservera surtout une aversion profonde pour les idéologies. Sympathisant d'extrême-droite, candidat malheureux aux élections locales, Georges Hollande, médecin ORL, décide brutalement, au début de l'année 1968, de quitter Rouen avec femme et enfants. Il en est sûr, la colère sociale qui monte va précipiter la France dans l'orbite soviétique. C'en est fini de la médecine libérale. Il faut tout liquider pendant qu'il est encore temps.

Aussi incroyable que cela paraisse, Georges vend sa clinique et tous les biens immobiliers de la famille. Cap sur Neuilly où, pense-t-il, il sera plus facile de survivre à l'oppression communiste qui vient.

En quelques heures, le jeune François perd tous ses repères : copains, collège, terrains de jeux, maison… Tout cela, parce que son père s'est abandonné aux chimères d'un dogme. L'adolescent retiendra la leçon. L'esprit de chapelle conduit toujours à la catastrophe.

La bande, il n'y a que ça de vrai

Adolescent, François Hollande cumule les handicaps : fort en thème, un physique ingrat et des convictions politiques qui fleurent la naphtaline… Difficile de s'intégrer dans une bande dans ces conditions.

Heureusement pour lui, le jeune homme a de l'esprit. Ses bons mots sont d'autant plus caustiques que sa rondeur lui autorise toutes les audaces. Très tôt, il comprend que c'est là son atout majeur. Et il va le cultiver. Ce n'est sans doute pas par hasard si ses meilleurs copains du lycée Pasteur de Neuilly s'appellent à cette époque Christian Clavier ou Thierry Lhermitte.

Au fond, c'est cela sa crainte. Être rejeté, écarté, ignoré, boudé. Tout son parcours politique est gouverné par cette inquiétude ancrée au plus profond de son histoire personnelle : éviter l'isolement. Toujours.

Et de fait, en presque quarante ans de vie politique, il ne s'est jamais retrouvé en minorité dans son parti. Il est vrai qu'il su changer de monture à point nommé. Mitterrandiste sous Mitterrand, il se tourne en 1995 vers Jacques Delors pour qu'il prenne la relève du monarque de l’Élysée. Pour lui, il mobilise ses réseaux. Mais son champion jette l'éponge. Qu'à cela ne tienne, Hollande se rabat sur Lionel Jospin, l'homme qui monte. Celui-ci le récompensera en lui confiant, en novembre 1997, les rênes du PS alors que lui-même est devenu le nouveau premier ministre de Jacques Chirac.

Le caméléon

Caméléon, a-t-on dit de Hollande. Certainement. Cet opportunisme obéit pourtant à d'autres motivations que le seul amour des hochets du pouvoir.

S'il n'est pas doctrinaire, François Hollande a cependant parcouru quelques auteurs marxistes dans sa jeunesse. L'un d'entre eux l'a particulièrement marqué : l'italien Antonio Gramsci. De ce dirigeant communiste italien emprisonné sous le fascisme, Hollande a retenu un enseignement capital : sans conquête préalable des esprits, il n'y a pas de victoire politique. On ne l'emporte pas en écrasant les autres, mais en les ralliant à sa propre façon de penser.

Leçon que le jeune Hollande s'efforcera d'appliquer. Toujours rechercher le plus grand dénominateur commun, fut-ce au prix du sacrifice de ses propres aspérités. De là cette obsession de la synthèse à chaque congrès du parti. Et les accusations de mollesse qui en découlent.

Dans cette recherche du consensus, François Hollande ne se trompera qu'une fois : lors du référendum de 2005 sur la constitution européenne. Le PS est pour le "oui" alors que militants et opinion sont majoritairement pour le "non".

La petite entreprise avec Ségolène

Pour conquérir les esprits, il faut des réseaux. Et le premier de ces réseaux, ce sera son couple : celui qu'il forme avec Ségolène rencontrée sur les bancs de l'ENA quelques années plus tôt. Au PS, on les appelle "l'entreprise". Ils vont s'efforcer de se faire remarquer du premier cercle de la Mitterrandie. Avec succès.

D'abord obscur chargé de mission à l'Elysée en 1981, François Hollande devient à partir de 1983 directeur de cabinet des deux porte-parole successifs du gouvernement de Pierre Mauroy : Max Gallo et Roland Dumas.

Ségolène, elle, rejoint l’Élysée en 1982. Elle y suit les questions de jeunesse puis les affaires sociales. Plus tard, beaucoup plus tard, elle sera ministre de l’environnement puis des des questions scolaires et enfin de l’enfance.

Autour de ces enfants chéris de la Mitterrandie vont s'agglomérer bon nombre de ceux qui vont devenir les fidèles grognards du candidat socialiste de 2012 : Jean-Yves le Drian, Jean-Pierre Jouyet, Pascal Lamy, Jean-Pierre Mignard…

La légitimité des urnes

Mais en politique, il faut davantage que l'onction du Prince pour exister. La seule légitimité qui vaille est celle des urnes. François Hollande se présente donc aux élections législatives de 1981, en Corrèze, contre Jacques Chirac. Il est battu de 350 voix.

Ce n'est qu'en 1988 qu'il parvient enfin à décrocher le siège de député de la première circonscription de la Corrèze. Il le perdra aux législatives de 1993 avant de le retrouver en 1997. En 2001, il emporte également la mairie de Tulle.

C'est en 2006 que tout se gâte. Jusqu'alors, Ségolène et lui se faisaient la courte échelle. A toi le parti, à moi les ministères.

2007 : la rupture

Mais voilà que tout à coup que la question du candidat à la présidentielle se pose. François songe à se présenter. Mais Ségolène est plus rapide. Il n'y a de place que pour un. Le couple n’y survivra pas.

Pour la première fois de sa vie, François Hollande est exclu de la bande. Meurtri, il se replie sur la Corrèze et abandonne la direction du Parti socialiste à Martine Aubry en 2008.

On le pense fini. C'est entendu, 2012 se jouera entre Martine Aubry et Dominique Strauss-Kahn.

Mais cette traversée du désert va révéler François Hollande à lui-même. Il le sent, il le sait, il est le meilleur pour porter les espoirs de la gauche en 2012. Renouant ainsi avec la certitude de ses 15 ans, quand il affirmait qu'il serait un jour président de la République.

La mue du caméléon

Le rondouillard de toujours perd du poids. Cette carapace de graisse qui l'a longtemps protégé ne lui sert plus à rien. Le corps s'assèche, les joues se creusent. Jusqu'au regard qui change, grâce à de nouvelles montures.

À ses côtés, désormais, il y a une nouvelle femme, Valérie Trierweiler, cette journaliste de Paris-Match dont il s'est rapproché quand Ségolène songeait à la présidentielle. Celle-là ne lui dispute rien. Tout au contraire, elle croit en lui.

Dominique Strauss-Kahn trébuche dans les couloirs du Sofitel de New York. Martine Aubry tente de le remplacer. En vain. "Flanby", "le grand méchant mou" fait preuve désormais d'une volonté de fer. Il n'a plus peur de la bagarre.

Nicolas Sarkozy le découvrira trop tard, le soir du débat du second tour. L'homme qui lui fait face habite déjà la fonction présidentielle. Une conviction qu'une majorité de Français vient de confirmer.

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