Qui est Manuel Valls, l’homme qui monte à gauche ?

Manuel Valls songe déjà à la présidentielle de 2017 © Reuters
Manuel Valls songe déjà à la présidentielle de 2017 © Reuters
Cet iconoclaste est l'un des principaux artisans de la victoire de François Hollande. Il devrait jouer un rôle majeur pendant les cinq prochaines années.

S'il est une chose qu'on ne peut vraiment pas reprocher à Manuel Valls, c'est d'avoir varié dans son engagement politique. Il a toujours été classé à droite du Parti socialiste.

Lui préfère parler de modernité. Ce fils de réfugié espagnol - lui-même né à Barcelone avant d'être naturalisé au début des années 1980 - se veut pragmatique. Les querelles idéologiques ne l'ont jamais intéressé.

Rocardien à Tolbiac

À la faculté de Tolbiac, où il fait ses premières armes politiques en même temps que des études d'histoire, les gauchistes de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) et leurs rivaux de l'Organisation communiste internationaliste (OCI) tiennent le haut du pavé. Entre deux invectives et trois coups de poing contre l'extrême droite, on y débat gravement de la révolution.

Pourtant, c'est vers le Parti socialiste et en particulier les fidèles de Michel Rocard que Valls se tourne. Le rival de François Mitterrand entend en effet débarrasser la gauche de ses vieilles lunes et l'ancrer dans l'économie de marché.

Le premier réseau

Très actif dans le mouvement de réunification des multiples tendances de l'UNEF, le syndicat étudiant, le jeune Manuel est vite repéré. Il faut dire qu'à cette époque, ses plus proches amis et camarades s'appellent Stéphane Fouks, aujourd'hui patron d'Euro RSCG et Alain Bauer, qui deviendra Grand maître du Grand Orient avant d'être nommé à la tête de l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) par Nicolas Sarkozy. Des liens qui n’ont fait que se renforcer depuis.

Le 10 mai 1981, François Mitterrand est élu Président de la République. Rocard qui a tenté de lui disputer la candidature à l’Élysée, conserve cependant de solides réseaux dans le Parti. En 1986, Manuel Valls entre au Conseil régional d'Ile de France. Il n'a que 24 ans.

Conseiller du Premier ministre à 26 ans

Deux ans plus tard, Michel Rocard, devenu Premier Ministre l'appelle à ses côtés comme conseiller chargé des relations avec le Parlement. L'expérience s'arrête en 1991avec la démission du premier. Retour au Conseil régional.

En 1997, Lionel Jospin est nommé à Matignon par Jacques Chirac - on est en période de cohabitation. Manuel Valls revient pour prendre en charge la communication du chef du gouvernement. En parallèle, il s'implante dans le département de l'Essonne, à Evry, dont il devient le maire en 2001. L'année suivante, il est élu député de la circonscription.

Politique sécuritaire à Evry

C'est à cette époque que le nouveau parlementaire commence à faire entendre sa petite musique sur les questions de sécurité et d'immigration. Il double les effectifs de la police municipale, stigmatise les voyous, et encense la  télésurveillance. Redoutant les dérives communautaristes, il s’oppose à l’implantation d’une supérette halal.

Ses convictions européennes sont en revanche plus fluctuantes. Lors du référendum de 2005 sur la constitution européenne, il est d'abord pour le "Non" puis se rallie au "Oui" lorsqu'il apparaît que celui-ci sera minoritaire. Comprenne qui pourra…

En 2007, il voit dans la défaite de Ségolène Royal la confirmation de ses thèses : à force de négliger les questions de sécurité, la gauche a laissé une partie de l'électorat populaire partir vers la droite et l'extrême droite. Posture qui, on s'en doute, agace singulièrement ses camarades.

Le provocateur du PS

Il n'empêche, Valls sent que son heure vient. Et il multiplie les clashs avec Martine Aubry, la nouvelle première secrétaire du PS. Désignée en 2008, au terme d'un scrutin controversé, celle-ci se voit menacée d'une plainte pour "faux en écriture" par le bouillant réformateur du socialisme français. Il est vrai que Valls, à l'époque, est l'allié de Ségolène Royal, rivale malheureuse d'Aubry dans la conquête du parti.

À l'été 2009, la tension est à son comble. L’ancien rocardien multiplie les prises de position en faveur de la politique sécuritaire de...Nicolas Sarkozy. Martine Aubry le somme de se taire ou bien de quitter le PS. Le trublion fait semblant de rentrer dans le rang.

Candidat à la primaire

Le 14 mai 2011, Dominique Strauss Khan est arrêté à New York. Le PS n'a plus de champion. Manuel Valls décide de se présenter à la primaire socialiste. Un galop d'essai qui va être salué par l'opinion. On lui accorde le mérite de la clarté et de la cohérence. Même si ses prises de positions en faveur de la TVA sociale ou bien des quotas d'immigration achèvent de le cataloguer à droite, très à droite de son parti.

Rallié à François Hollande, il démontre une nouvelle fois ses capacités d'organisateur de communicant pendant la campagne. C'est un sans-faute qui appelle récompense.

Depuis l'élection du 6 mai, on le donne partout : à Matignon, au ministère de l'Intérieur, éventuellement à la Culture ou au Secrétariat général du gouvernement.

Manuel, lui a déjà les yeux rivés sur sa prochaine échéance. Être le candidat des socialistes à la présidentielle de 2017.

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