Homéopathie : si controversée et pourtant remboursée ?

Plus d'un tiers des Français aurait recours à l'homéopathie @REUTERS
Plus d'un tiers des Français aurait recours à l'homéopathie @REUTERS
Plus d'un tiers des Français consomme de l'homéopathie. Une médecine polémique qui est pourtant remboursée à 30%.

36% des Français déclarent utiliser "de temps en temps" ou "très régulièrement" des médicaments homéopathiques. C'est ce que révèle un sondage réalisé par l'institut Ipsos pour le compte des laboratoires Boiron, le numéro un du secteur, et publié le 17 février 2012.

Ce chiffre en forte hausse : plus 15 points depuis 2004, date de la dernière étude. En tout, ce sont plus de deux tiers des Français (66%) qui reconnaissent avoir déjà testé au moins une fois l'homéopathie au cours de leur vie.

Par ailleurs, 77% des sondés déclarent faire "tout à fait" ou "plutôt" confiance à l'homéopathie. Un niveau nettement supérieur à la plupart des médicaments ou vaccins, et notamment aux antibiotiques.

Utilisée principalement pour lutter contre les maladies hivernales, le stress ou les allergies, l'homéopathie semble être devenue pour les Français une option viable de traitement thérapeutique. Le contexte général de scandales sanitaires (affaires Médiator, PIP...) et de perte de confiance dans le médicament allopathique n'y est peut-être pas pour rien.

Mais la méthode homéopathique est encore loin de faire l'unanimité : "vilain petit canard" de la médecine, son efficacité est sans cesse remise en cause par les professionnels de la santé.

1. Les principes de l'homéopathie

C'est au médecin allemand Samuel Hahnemann que l'on doit l'invention de l'homéopathie, en 1796. Le terme est issu des vocables grecs ómoios, "similaire" et páthos, "souffrance" ou "maladie".

Cette forme de médecine non conventionnelle repose sur trois principes :

  • Le principe de "similitude" : il y a une corrélation entre le pouvoir toxique et le pouvoir soignant de la même substance. Un produit est capable d'entraîner des troubles chez un individu en bonne santé, et de guérir ces troubles chez un individu malade. Ce principe était déjà décrit par Hippocrate, 4 siècles avant Jésus-Christ.
  • Le principe d'"individualisation" des cas, selon lequel le traitement est personnalisé pour chaque patient. Peu importe le nom de la maladie : l'homéopathe recherche toujours la totalité des symptômes présentés par le patient avant de proposer un remède. Ceci explique qu'une consultation chez un homéopathe dure souvent plus longtemps que chez un médecin "traditionnel". Dans la pratique, certains médicaments homéopathiques très connus (Oscillococcinum, Sédatif PC …) ne respectent pas ce principe puisqu'ils sont proposés en libre service dans les pharmacies.
  • Le principe de l'"infinitésimal", basé sur la nécessité de supprimer la toxicité des substances. Il s'agit de diluer très fortement la préparation (jusqu'à un niveau "infinitésimal") puis de la secouer énergiquement (les homéopathes parlent de "succussions") afin d'en conserver les propriétés pharmacologiques.

C'est notamment ce dernier principe qui suscite la polémique autour de l'homéopathie : comment une préparation tellement diluée qu'il ne reste plus de trace moléculaire de la substance de base peut-elle être efficace ?

2. Une forme de médecine controversée

En France, la majorité de la communauté scientifique et médicale estime que l'homéopathie est une pseudo-science désuète. Ses grands principes ont été fixés il y a plus de deux siècles, et ils seraient contraires aux connaissances actuelle en pharmacie, chimie et biologie.

En 2004, l'Académie nationale de médecine a demandé le déremboursement des traitements homéopathiques, cette forme de médecine étant "une méthode obsolète […] dénuée de fondement scientifique". La proposition a été rejetée après avis du Ministère de la Santé pour des raisons financières : la crainte était en effet grande que les nombreux adeptes de l'homéopathie se tournent vers des médicaments plus coûteux et remboursés à 100%, plombant ainsi le budget de la Sécurité sociale.

Les médicaments homéopathiques eux ne sont remboursés qu'à hauteur de 30% par la Sécurité sociale. C'est donc un coût certes, mais moindre que la médecine conventionnelle.

Mais la controverse a continué. A l'échelle mondiale, la communauté scientifique a produit de multiples études visant à déterminer si l'homéopathie présentait ou non une véritable efficacité clinique.

L'une des plus sérieuses, qui reprenait les résultats de 19 analyses antérieures, a été publiée en 2005 dans la revue médicale britannique The Lancet. Sa conclusion ? L'effet des médicaments homéopathiques n'est pas supérieur à celui d'un placebo (traitement sans effet thérapeutique connu, mais qui agit efficacement grâce à un mécanisme psychologique chez le patient : "j'y crois, donc cela marche").

Malgré tout, l'homéopathie en France a de beaux jours devant elle. Son exercice médical, auparavant toléré, est officiellement reconnu par le Conseil de l'ordre des médecins depuis 1997.

Les préparations homéopathiques sont en vente libre en pharmacie, sans ordonnance. Elles sont bien soumises à une autorisation de mise sur le marché comme les autres médicaments mais, spécificité française, sont dispensées d'étude clinique. L'homéopathie commercialise donc des remèdes sans que leur efficacité thérapeutique soit prouvée. Ce qu'exige l'autorité de mise sur le marché français (AMM), c'est surtout de prouver qu'ils sont inoffensifs.

Entre le développement croissant du réseau des homéopathes professionnels (plus de 5 000 aujourd'hui) et l'engouement des patients pour cette forme de médecine, le déremboursement des remèdes homéopathiques ne semble pas être pour bientôt.

Partager cet article

Comment a été fabriqué cet article ?

Ils ont contribué à la rédaction de la réponse

Les ressources

Ils ont amélioré la réponse