Salon de l’agriculture : les produits bio sont-ils vraiment meilleurs ?

Un client achète de la nourriture bio, dans un rayon spécial du magasin Carrefour, à Nice. © REUTERS
Un client achète de la nourriture bio, dans un rayon spécial du magasin Carrefour, à Nice. © REUTERS
Le salon de l'agriculture a ouvert ses portes à Paris ce samedi. L'occasion de revenir sur le réel intérêt des produits bio, avec l'agronome Marc Dufumier.

La plus grande ferme de France vient d’ouvrir ses portes. Nicolas Sarkozy l’a inaugurée et tous les candidats à la présidentielle vont s’y précipiter. À cette occasion, nous avons demandé à l’agronome Marc Dufumier quel est le vrai intérêt du bio.

Le plan de développement de l’agriculture biologique, lancé en France en 2007, prévoyait d’atteindre 6 % de la surface agricole utilisée (SAU) en mode de production biologique en 2012. Selon les chiffres publiés par l’Agence Bio le14 février, on en est loin, avec seulement 3,4 % de la SAU fin 2011. Ce qui place la France en 22e position dans l’Union Européenne.

Marc Dufumier est ingénieur agronome, professeur émérite en agriculture comparée et développement agricole à l’AgroParistech. Il est également expert auprès de la FAO et de la banque mondiale. Il vient de publier chez NiL Famine au Sud, Malbouffe au nord.

  • Le sous-titre de votre livre est "Comment le bio peut nous sauver". Par quoi sommes-nous menacés aujourd’hui ?

"Dans les pays du Nord, nous sommes menacés par la mauvaise qualité de nos aliments et par la pollution de l’environnement, comme par exemple les algues vertes en Bretagne. Dans les pays du Sud, les menaces sont la famine et la malnutrition.

À l’échelle mondiale, nous vivons de grands désordres alimentaires. De nombreux paysans des pays pauvres abandonnent l’agriculture, car ils sont victimes de la concurrence des surplus de l’agriculture productiviste des pays du Nord.

Les paysans sont de plus en plus obligés quitter les campagnes, ce qui a de graves conséquences. La ruée vers les villes se traduit souvent par la misère des bidonvilles. La fuite vers des zones forestières accélère la déforestation et peut provoquer des conflits ethniques. Les migrations vers d’autres zones ou pays plus riches multiplient les risques de troubles et les tragédies humaines."

  • Mange-t-on aujourd’hui des produits agricoles de meilleure qualité qu’avant ?

"La qualité de l’alimentation dépend d’abord du mélange dans notre assiette. Or nous parvenons moins bien à équilibrer les proportions qu’avant. Cela est imputable à nos modes de vie : nous passons moins de temps à cuisiner et nous prenons moins de soin dans le choix des produits.

Ensuite, il est certain que la présence d’hormones dans la viande ou de pesticides dans les fruits et légumes est plus fréquente aujourd’hui. Il y a de très fortes présomptions que la moindre qualité de nos aliments pose des problèmes de santé. Mais cela est très compliqué à prouver scientifiquement, à modéliser. Il est en effet difficile d’isoler un seul facteur. C’est pourquoi il est important d’appliquer le principe de précaution, et souvent, on le fait trop tard."

  • Les produits bios sont-ils vraiment meilleurs ?

"En matière de vitamines et de minéraux (zinc, magnésium…) les produits bios sont un peu meilleurs. Mais il n’y a pas de différence significative entre produits bios et conventionnels en terme de qualités nutritives. L’intérêt des produits bios, c’est d’abord leur moindre dangerosité.

En ce qui concerne les qualités gustatives, on sait que la sélection végétale a été faite sur des critères de rendement, pas de goût. Il peut donc être utile de revenir à des variétés plus rustiques, qui offrent une plus grande diversité de saveurs."

  • Mais le bio pourrait-il nourrir la planète entière ?

"Oui, et j’explique même que c’est la seule façon de le faire. Généraliser l’agroécologie est la seule manière de nourrir convenablement 9 milliards d’humains d’ici 2050. Le bio n’est pas du tout le retour à la bougie comme certains veulent le faire croire. C’est au contraire une agriculture savante, technique, qui requiert une connaissance pointue du fonctionnement des écosystèmes et des cycles biochimiques.

On doute souvent que le bio puisse nourrir la planète entière. Mais ce n’est pas au Nord de produire plus pour alimenter le Sud. C’est aux pays du Sud de produire davantage pour se nourrir eux-mêmes. Au Nord, l’agriculture biologique fera un peut baisser le rendement relatif à l’hectare, fournira plus de travail et ménagera l’environnement. Mais au Sud, le bio va au contraire permettre d’accroître nettement les rendements.

Soyons clairs : le problème de la faim vient de la pauvreté, pas d’une production insuffisante. Aujourd’hui nous surproduisons. Si une part significative de la population mondiale ne mange pas à sa faim, c’est tout simplement parce qu’elle n’a pas de quoi se payer à manger. Les quantités existent, mais elles sont vendues à des industries qui elles, peuvent payer le prix."

 

Marc Dufumier Famine au Sud Malbouffe au Nord, NiL

 

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