Richard Descoings : pourquoi sa mort est-elle toujours inexpliquée ?

Richard Descoings, le directeur de Sciences Po, est mort le 3 avril à New York © Reuters
Richard Descoings, le directeur de Sciences Po, est mort le 3 avril à New York © Reuters
La cause du décès de Richard Descoings, le directeur de Sciences Po, survenu le 3 avril, n’est pas encore connue. Pourquoi est-ce aussi long ?

Richard Descoings, le directeur de Sciences Po, est mort de manière brutale et encore inexpliquée dans sa chambre d’hôtel à New York, le 3 avril 2012. Il avait 53 ans.

Le lendemain, une porte-parole du médecin légiste a affirmé que l'autopsie n'était pas concluante et que de nouveaux examens toxicologiques et de tissus étaient nécessaires. Les résultats devaient être connus 10 à 15 jours plus tard, c’est-à-dire cette semaine. Mais la date a encore été repoussée samedi dernier : le médecin légiste new-yorkais a déclaré que les analyses prendraient encore deux à trois semaines. Les raisons de son décès devraient être connues début mai.

Certaines voix commencent à sous-entendre que le report des résultats serait intentionnel, afin de tenter de garder secrètes les causes du décès du directeur de Sciences Po. Mais pour le Dr Bernard Marc, médecin légiste et expert judiciaire (*), il est également possible que le résultat de certaines analyses ne soit pas encore connu. Il nous explique les différentes étapes permettant de connaître les causes d’un décès.

1. L'autopsie : le jour du décès

"C’est l’examen macroscopique du corps de la victime. Le médecin légiste étudie le corps à l’œil nu pour détecter d’éventuelles lésions, puis il procède à une dissection. Il étudie les organes et pratique des « incisions musculo-cutanées ». Ces incisions permettent de détecter les hématomes sur les différents muscles du corps.

L'autopsie est pratiquée le jour de la mort et dure quelques heures. Elle permet de détecter les décès dus à des lésions traumatiques (violences) et ceux dus à une obstruction, par exemple l’étouffement."

2. Les analyses toxicologiques et des tissus : quelques jours plus tard

"Si l’autopsie n’a pas été concluante (30% des cas), le légiste procède à des analyses toxicologiques et des tissus (analyse histologique). Pendant l’autopsie, le médecin prélève une infime partie des organes afin de les analyser en laboratoire.

Les analyses toxicologiques se font sur certains liquides (sang, urine, bile). Elles permettent de déterminer si la personne a consommé un produit toxique. Dans un premier temps, le légiste cherche à détecter la présence d’alcool, de drogue et de médicaments. Mais il peut aussi étudier des substances plus rares (ammoniaque, produits chimiques, amiante…).

Ces analyses se font toujours en double (expertise et contre-expertise, dans deux laboratoires différents). Les résultats sont connus 2 à 3 jours après l’autopsie. La mort peut être due à un empoisonnement, à l’inhalation d’une substance toxique ou à un « cocktail toxique », c’est-à-dire la combinaison de plusieurs substances (alcool ou drogue et médicaments).

En parallèle, un médecin (l’anatomopathologiste) étudie au microscope les fragments d’organes mis dans du formol. Ces analyses prennent trois jours (deux jours de « fixation » et un jour de traitement des résultats). Comme chez le vivant, l’analyse des tissus permet de détecter la présence d’une tumeur."

3. L’analyse du cerveau : trois semaines à un mois plus tard

"Le cerveau est extrait du corps au moment de l’autopsie. Il est ensuite lui aussi fixé dans du formol pour une analyse semblable à celle des autres tissus, sauf que l’étape de la fixation dure trois semaines à un mois (et non 48 heures). C’est un médecin spécialisé, le neuropathologiste, qui est chargé de cette analyse.

Cette analyse permet de détecter les malformations cérébrales, les souffrances intracérébrales (insuffisance de ventilation cérébrale), les tumeurs cérébrales, les ruptures d’anévrisme intracérébrales ou l'épilepsie.

Un scanner permet d’obtenir le même résultat beaucoup plus rapidement, mais en raison du coût de la machine, beaucoup d’établissements (notamment privés) n’en possèdent pas.

La plupart des résultats d’analyse doivent être connus pour Richard Descoings, mais les médecins légistes attendent d’avoir la totalité pour communiquer. Dans certains cas, un facteur seul (par exemple, la consommation de substances toxiques) ne permet pas à lui seul d’expliquer un décès, mais il peut y contribuer".

(*) Auteur de Profession : médecin légiste (Editions Demos, 2011, 24,90€).

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