Questions bêtes

D’où vient le sentiment de déjà vu ?

La science penche aujourd'hui pour un bug du cerveau © Reuters
La science penche aujourd'hui pour un bug du cerveau © Reuters
Chacun a éprouvé cette curieuse sensation d'être déjà venu quelque part. Ou d'avoir déjà fait ce geste, prononcé ces paroles… Manifestation d'une hypothétique vie antérieure ou bégaiement de la mémoire ?

Cet instant précis, vous avez l'impression de l'avoir déjà vécu. Cette réplique, quelqu'un l'a déjà prononcée. Et ce lieu dans lequel vous pénétrez pour la première fois et qui, pourtant, paraît si familier... Cette sensation de "déjà-vu", nous l'avons tous ressentie un jour. Instant irréel de retour en arrière, impression déplaisante...

1. Une manifestation du subconscient

Les psychanalystes se sont évidemment penchés sur la question, et au premier chef, Sigmund Freud. En 1901, dans Psychopathologie de la vie quotidienne, il expliquait : "En ce qui concerne les quelques rares et rapides sensations de 'déjà vu' que j'ai éprouvées moi-même, j’ai toujours réussi à leur assigner pour origine les constellations affectives du moment. Il s'agissait chaque fois du réveil de conceptions et de projets imaginaires (inconnus et inconscients) qui correspondait, chez moi, au désir d'obtenir une amélioration de ma situation." Le sentiment de "déjà vu" ne serait que la conséquence du retour à la conscience d'un désir refoulé.

2. Un trouble passager de la mémoire

Mais la médecine s'est intéressée au phénomène. Notamment par le biais des épileptiques. “Si tout le monde peut avoir des sensations de déjà-vu, dans certaines formes d’épilepsie, le phénomène est beaucoup plus fréquent, explique Patrick Chauvel, neurologue et chef du service de neurologie psychologique de l’hôpital de la Timone, à Marseille. En menant des travaux chez ses patients souffrant d’épilepsie, il a pu constater “que le déjà-vu est un trouble du circuit de la mémoire.

Concrètement, les différentes parties du cerveau captent les signaux extérieurs (visuels, olfactifs, auditifs...) et les transmettent à l’hippocampe, le centre de régulation de la mémoire.

Ce dernier a deux rôles. Soit d’encoder ces informations nouvelles pour les stocker dans notre mémoire, soit de récupérer les éléments en mémoire pour reconstituer nos souvenirs.

“Le sentiment de déjà-vu, explique Patrick Chauvel, c’est quand l’hippocampe fait une petite bourde alors qu’il reçoit des informations des yeux ou des oreilles. Il n’est plus en position de recueillir ce qu’il vit mais va plutôt rechercher un souvenir dans le cortex. Du coup, il synchronise la scène avec nos souvenirs plutôt que d’encoder ce qu’on est en train de vivre, poursuit Patrick Chauvel. “C’est comme si la voie qui amenait les perceptions et celle qui va chercher nos souvenirs devenaient synchrones. Donc forcément, tout se mélange. Ce qui est pour nous du présent et alors perçu comme un passé. Un passé un peu flou.

3. Plutôt chez les jeunes

Pourquoi l’hippocampe se dérègle-t-il ? On ne le sait pas. Ce qu’on sait, c’est que certains facteurs favorisent le sentiment de déjà vu. “Un certain état de fatigue mentale, celui des étudiants pendant une période d’examens où ils travaillent beaucoup et veillent tard, peut augmenter la probabilité de déjà-vu”, explique Patrick Chauvel.

“Et en général, le déjà-vu se manifestent surtout chez le jeune, chez les adolescents. Il est plus rare chez l’enfant, commence à partir de 13/14 ans, avec un pic de fréquence entre 15 et 25 ans, puis la fréquence diminue progressivement avec le temps”, poursuit le neurologue. Or, “la maturation cérébrale ne s’arrête pas à l’adolescence, et les circuits de la mémoire sont les plus tardifs à se mettre en place. On peut donc supposer que quand les circuits de triage de la mémoire se mettent en place, il y a de petits dérèglements”.

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