Pourquoi les mesures anti-tabac ne sont-elles pas efficaces ?

54 milliards de cigarettes sont vendues chaque année en France. © REUTERS.
54 milliards de cigarettes sont vendues chaque année en France. © REUTERS.
33% de la population française fume. Un chiffre constant depuis une dizaine d'années, que les mesures anti-tabac n'ont pas réussi à faire baisser.

Selon des estimations dévoilées le 22 mai par le ministère de la Santé, 33% des Français fument, de façon occasionnelle ou régulière. Soit 54 milliards de cigarettes vendues chaque année.

Un taux élevé, qui stagne voire augmente légèrement depuis 2005. Malgré la multitude de mesures de santé publique prises ces vingt dernières années (interdiction de fumer dans tous les lieux collectifs, avertissements et photos sur les paquets, hausses successives de prix), la population française continue donc de fumer massivement.

Pour Olivier Bernard, médecin tabacologue à Paris, ces chiffres ne sont pas une surprise. "Ils s’expliquent de manière très simple : rien n’a été fait en faveur des fumeurs les plus dépendants, qui constituent un tiers des fumeurs réguliers."

Le problème, c’est que cette population est la plus touchée par les risques de cancers ou de maladies cardio-vasculaires, et celle pour qui l’arrêt du tabac est la plus compliquée.

"Les politiques publiques mises en place ne sont dissuasives que pour les fumeurs les moins dépendants", explique Olivier Bernard.

Le médecin souligne l’inefficacité des opérations de communication mises en place par les pouvoirs publics. "Elles ne freinent en aucun cas l’entrée en tabagisme des jeunes, car c’est l’attrait du danger et de l’interdit qui poussent à la première cigarette."

Les photos chocs des campagnes, les avertissements présents sur les paquets auraient donc un effet contre-productif.

Le phénomène se répète pour les hausses de prix. Les personnes en difficulté sociale sont les plus exposées à la consommation de tabac. Mais face à une augmentation des tarifs, "les populations défavorisées préféreront sacrifier un autre poste budgétaire et continuer à fumer. Ce qui ajoute à leur perte de pouvoir d’achat, donc à leur sentiment d’insécurité". La cigarette devient alors un refuge.

"Si l’on ne parvient pas à rompre ces cercles vicieux, la proportion d’un tiers de fumeurs en France ne baissera pas", estime Olivier Bernard : les effectifs des nouveaux fumeurs surpassent le nombre d’anciens qui parviennent à arrêter de fumer, sous l’effet ou non d’une mesure anti-tabac.

Le tabacologue préconise de rembourser intégralement les substituts nicotiniques (patchs, gommes…) et de proposer des consultations psychologiques gratuites pour les personnes les plus touchées par le problème. Des conditions selon lui sine qua non pour lutter efficacement contre le tabagisme.

Et l’enjeu est de taille : selon le ministère de la Santé, le tabac provoque 73 000 décès par an en France. Un fumeur régulier sur deux décède d’un cancer ou d’une maladie cardiovasculaire lié à sa consommation de cigarettes.

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